‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 484 sur 511 · RÉCEPTION A L'ACADÉMIE DE M. DE NOYON · texte numérisé non relu

RÉCEPTION A L'ACADÉMIE DE M. DE NOYON

On a vu, dès l'entrée de ces Mémoires, quel était ce prélat -. Le roi s'amusait de sa vanité qui lui faisait prendre tout pour distinction, et les effets de cette vanité feraient un livre. Il vaqua une place à l'jAcadémie française, et le roi voulut qu'il en fût II ordonna même à Dangeau ^, qui en était, de s'en expliquer de sa part aux académiciens. Cela n'était jamais arrivé, et M. de Noyon, qui se piquait de savoir, en fut comblé et ne vit pas que le roi se voulait divertir. On peut croire que le prélat eut toutes les voix sans en avoir brigué aucune, et le roi témoigna à M. le Prince et à tout ce qu'il y avait de distingué à la cour qu'il serait bien aise qu'ils se trouvassent à sa réception. Ainsi M. de Noyon fut le premier du choix du roi dans l'Académie sans que luimême y eût auparavant pensé, et le premier encore à la réception duquel le roi eût pris le soin de convier.

L'abbé de Caumartin se trouvait alors directeur de l'Académie *. . . Il se proposa de divertir le public aux dépens de l'évêque qu'il avait à recevoir. Il composa un discours confus et imité au possible du style de M. de Noyon, qui ne fut qu'un tissu des louanges les plus outrées et de comparaisons emphatiques dont le pompeux galimatias fut une satire continuelle de la vanité du prélat, qui ^ le tournait pleinement en ridicule.

Cependant, après avoir relu son ouvrage, il en eut peur, tant il le trouva au delà de toute mesure ; pour se rassurer, il le porta à M. de Noyon comme un écolier à son maître, et comme un jeune homme à un grand prélat qui ^ ne voulait rien omettre des louanges qui lui étaient due^, ni rien dire

1. L'évêque de Noyon, François la cour. Saint-Simon s'en est beaude Clerraont-Tonnerre. coup servi.

2. Saint-Simon l'y montre très 4. Il n'a laissé aucun autre ouvain de sa qualité. vrage.

3. Aide de camp du roi. Nous 5. Qui. Représente une satire. avons de lui un Journal dans lequel 6. Qui. Se rapporte à un jeune

1 inscrivait tout ce qui se passait à homme.

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aussi ^ qui ne fût de son goût et qui ne méritât son approbation. Ce respect si attentif combla l'évêque ; il lut et relut le discours, il en fut charmé, mais il ne laissa pas d'y faire quelques corrections pour le style et d'y ajouter quelques traits de sa propre louange. L'abbé revit son ouvrage de retour entre ses mains avec grand plaisir ; mais, quand il y trouva les additions de la main de M. de Xoyon et ses ratures, il fut comblé à son tour du succès du piège qu'il lui avait tendu, et d'avoir ^ en ma'n un témoignage de son approbation qui le mettait à couvert de toute plainte.

Le jour venu de la réception, le lieu fut plus que rempli de tout ce que la cour et la ville avaient de plus distingué. On s'y portait dans le désir d'en ^ faire sa cour auroi,et dans l'espérance de s'y divertir. M. de Noyon parut avec mie nombreuse suite, saluant et remarquant l'illustre et nombreuse compagnie avec une satisfaction qu'il ne dissimula pas, et prononça sa harangue avec sa confiance ordinaire, dont * la confasion et le langage remplirent l'attente de l'auditoire. L'abbé de Caumartin répondit d'un air modeste, d'un ton mesuré, et, par de légères inflexions de voix aux endroits les plus ridicules ou les plus marqués au coin du prélat, aurait réveillé l'attention de tout ce qui ^ l'écoutait, si la mahgnité publique avait pu être un moment distraite. Celle de l'abbé, toute brillante d'esprit et d'art, surpassa tout ce qu'on en aurait pu attendre si on avait prévu la hardiesse de son dessein, dont la sm^prise ^ ajouta infiniment au plaisir qu'on y prit. L'applaudissement fut donc extrême et généra], et chacun, comme de concert, enivrait M. de Noyon de plus en plus, en lui faisant accroire que son discours méritait tout par lui-même, et que celui de l'abbé n'était goûté que parce qu'il avait su le louer dignement. Le prélat s'en retourna charmé de l'abbé et du pubhc, et ne conçut jamais la moindre défiance.

On peut juger du bruit que fit cette action, et quel put être le personnage " de ^L de Noyon se louant dans les

1. Aussi. Non plus. Cf. p. 11, 5. Tout ce qui. Tous ceux qui. Cf. n. 5. p. 20, n. 8.

2. Du succès... et cT avoir. Cf. p. 6. Dont la siwprise. La surprise 166, n. 3. qu'on en eut.

3. En. Par là (de ce>a). 7. Le personnage. Dans le sens où 1. Dont. Se rapporte à harangue. l'on dit faire tel ou tel personnage.

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maisons et par les compagnies et de ce qu'il avait dit et de ce qui lui avait été répondu, et du nombre et de l'espèce des auditeurs, et de leur admiration unanime, et des bontés du roi à cette occasion.

M. de Paris Reliez lequel il voulut aller triompher, ne l'aimait point... Aussi ne manqua-t-il pas l'occasion de sa visite pour lui ouvrir les yeux et lui faire entendre, comme son serviteur et son confrère ^, ce qu'il n'osait lui dire entièrement. Il tourna longtemps sans pouvoir être entendu ^ par un homme si rempli de soi-même et si loin d'imaginer qu'il fût possible de s'en * moquer ; à la fin pourtant il se fît écouter, et pour l'honneur de l'épiscopat insulté, disait-il, par un jeune homme ^, il le pria de n'en ^ pas augmenter la victoire par une plus longue duperie, et de consulter !:es vrais amis. M. de Noyon jargomia ^ longtemps avant de se rendre ; mais à la fin il ne put se défendre des soupçons ^, et de remercier ^ l'archevêque, avec qui il convint d'en parler au P. de La Chaise^", qui était de ses amis. Il y courut en effet au sortir de l'archevêché. Il dit au P. de lia Chaise l'inquiétude qu'il venait de prendre ^^ et le pria tant de lui parler de bonne foi, que le confesseur, qui de soi était bon, et qui balançait entre laisser M. de Noyon dans cet extrême ridicule et faire une affaire à l'abbé de Caumartin, ne put enfin se résoudre à tromper un homme qui se fiait à lui, et lui confirma le plus doucement qu'il put la vérité que l'archevêque de Paris lui avait le premier apprise. L'excès de la colère et du dépit succéda à l'excès du ra\issement. Dans cet état il retourna chez lui, et aUa le lendemain à Versailles, où il fit au roi les plaintes les plus amères de ^^ l'abbé de Caumartin, dont il était devenu le jouet et la risée de tout le monde '^.

1. L'archevêque de Paris, Fran- déterminé; les soupçons qui devaient çois de Harlay. lui venir.

2. Son confrère. A rAcadémie. 9. Des soupçons et de remercier.

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