Martyre. Martyrisé. m'est faite ; mon malheur
6. Thisbé vient de découvrir le 10. A ce matin. Construction corps inanimé de Pyrame, qui, la vieillie, pour ce matin.
84 LE XVIIe SIÈCLE PAR LES TEXTES
Et cet arbre, touché d'un désespoir visible,
A bien trouvé du sang dans son tronc insensible ;
Son fruit en a changé ; la lune en a blêmi
Et la terre a sué du sang qu'elle a vomi.
Bel arbre, puisqu'au monde après moi tu demeures,
Pour mieux faire paraître au ciel tes rouges meures ^
Et lui montrer le tort c^u'il a fait à mes vœux,
Fais comme moi, de grâce, arrache tes cheveux,
Ouvre-toi l'estomac ^ et fais couler à force ^
Cette sanglante humeur ^ par toute ton écorce.
Mais que me sert ton deuil ! Rameaux, prés verdissants,
Qu'à soulager mon mal vous êtes impuissants !
Quand bien ^ vous en mourriez, on voit la Destinée
Ranimer votre vie en ramenant l'année.
Une fois tous les ans nous vous voyons mourir.
Une fois tous les ans nous vous voyons fleurir.
Mais mon Pyrame est mort sans espoir qu'il retourne
De ces pâles manoirs où son esprit séjourne.
Depuis que le soleil nous voit naître et finir.
Le premier des défunts est encore à venir ^ ;
Et, quand les Dieux demain me le feraient revivre,
Je me suis résolue aujourd'hui ^ de ^ le suivre.
J'ai trop d'impatience ; et, puisque le destin
De nos corps amoureux fait son cruel butin
Avant que le plaisir que méritaient nos flammes
Dans leurs embrassements ait pu mêler nos âmes.
Nous les joindrons là-bas, et par nos saints accords
Ne ferons qu'un esprit de l'ombre de deux corps ;
Et, puisqu'à mon sujet ^ sa belle âme sommeille,
Mon esprit innocent lui rendra la pareille.
Toutefois je ne puis sans mourir doublement.
Pyrame s'est tué d'un ^° soupçon seulement....
Que donc ton bras sur moi davantage demeure,
1. Meures. Mûres (baies de mû- 6. Aucun mort n'est encore reverierj. nu des enfers.
2. L'estomac. Le mot s'employait 7. Aujourd'hui. Retombe sur de alors dans le langage le plus noble. le suivre.