LE MELON
Quelle odeur sens-je en cette chambre ? Quel doux parfum de musc et d'ambre Me vient le cerveau réjouir ^ Et tout le cœur épanouir?...
Qu'est-ce donc ? Je l'ai découvert Dans ce panier rempli de vert * C'est un melon, où la nature, Par une admirable structure, A voulu graver à l'entour Mille plaisants ^ chiffres d'amour ^ Pour claire marque à tout le monde Que d'une amitié sans seconde Elle chérit ce doux manger.
Et que, d'un souci ménager, Travaillant aux biens de la terre.
Dans ce beau fruit seul elle enserre Toutes les aimables vertus Dont les autres sont revêtus....
C'en est fait, le voilà coupé, Et mon espoir n'est point trompé.
0 dieux ! que l'éclat qu'il me lance M'en confirme bien l'excellence !
1. Aussi bien comme. Cf. p. 23, pression, pour l'élever à l'art et n. 8. en faire un petit chef-d'œuvre. »
2. " Une autre pièce, que Perrault (Sainte-Beuve, Lundis, t. XIL) trouvait fort agréable et que je suis 3. Le cerveau réjouir. Cf. p. 12, n. 6. fort tenté aussi de trouver jolie, est 4. Vert. Verdure. Cf. p. 44, n. 2. celle de la Pluie... Cette pièce est 5. PZaisan^s. Agréables. Cf.p. 51, n.ld'un sentiment très vrai : il n'y man- 6. .Vllusion aux « broderies » que qu'un certain vernis, un certain dont s'agrémente la surface de éclat, et un tissu plus serré d'ex- certains melons.
SAIXT-AMAXD 97
Qui vit jamais un si beau teint ?
D'un jaune sanguin il se peint ; Il est massif jusques au centre, Il a peu de grains dans le ventre, • Et ce peu-là, je pense encor Que ce soient ^ autant de grains d'or ; Il est sec, son écorce est mince ; Bref, c'est un vrai manger de prince ; Mais, bien que le ne le sois pas, J'en ferai pourtant un repas,
Ha! soutenez-moi, je me pâme.
Ce morceau me chatouille l'âme; Il rend une douce liqueur Qui me va confire le cœur.
Mon appétit se rassasie De pure et nouvelle ambroisie.
Et mes sens, par le goût séduits, Au nombre d'un sont tous réduits.
Non, le coco, fruit délectable.
Qui lui tout seul fournit la table De tous les mets que le désir Puisse imaginer et choisir,...
Ni le cher abricot, que j'aime, Ni la fraise avecque ^ la crème, Ni la manne qui vient du ciel.
Ni le pur ahment du miel.
Ni la poire de Tours sacrée.
Ni la verte figue sucrée.
Ni la prune au jus délicat.
Ni même le raisin muscat (Parole pour moi bien étrange) ^ Ne sont qu'amertume et que fange Au prix de ce melon divin, Honneur du climat angevin.
îJQue ce soient. Le subjonctif au 2. Avecque. Cf. p. 15, n. 7
lieiide l'indicatif n'étaitpasrare,après 3. Saint- Amand aimait bekucouD
les verbes tels que penser, croire etc. le raisin muscat.
LE XVIie SIÈCLE. --7
LE XVI le SIECLE PAR LES TEXTES
Que dis-je, d'Anjou ? je m'abuse :
C'est un fruit du cru de ma muse,
Un fruit en Parnasse ^ élevé ^
De l'eau d'Hippocrène ^ abreuvé,
Mont ^ qui, pour les dieux seuls, rapporte
D'excellents fruits en cette sorte,
Pour être proche ^ du soleil ^
D'où leur vient ce goût nonpareil.
Car il ne serait pas croyable
Qu'un lieu commun, quoique agréable.
Ait pu produire ainsi pour nous
Rien de si bon ni de si doux !