‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 120 sur 305 · A"e SOI/... entré. Latinisme ; la etc · texte numérisé non relu

A"e SOI/... entré. Latinisme ; la etc

maison d'une épouse doit être un 3. Son époux absent. Autre lati-

visme ; l'absence de son époux.

Les femmes de son temps mettaient tout leur souci

A surveiller l'ouvrage, à mériter ainsi

Qu'on lût sur leur tombeau, digne d'une Romaine :

« Elle vécut chez elle, et fila de la laine. »

Les doigts laborieux rendent l'esprit plus fort,

Tandis que la vertu dans les loisirs s'endort.

Aussi, celle qui prend l'aiguille de Minerve.

Minerve, applaudissant, l'appuie et la préserve.

Le travail, il est vrai, peut ternir ma beauté ;

Mais rien ne ternira mon honneur respecté ;

Et, si je dois choisir injure pour injure,

La ride au front sied mieux qu'au nom la flétrissure.

— C'est assez : le temps passe à tenir ces propos ;

Quand la langue se meut, la main reste en repos.

Poursuivons notre tâche. — Allons !

{Lucrèce, acte I, se. i; Calmann-Lévy, éditeur.)

FAUX BOUFFON* FANTASIO, seul.

Je ne sais s'il y a une Providence, mais c'est amusant d'y croire. Voilà pourtant une pauvre petite princesse qui allait épouser à son corps défendant un animal immonde, un cuistre de province, à qui le hasard a laissé tomber une couronne sur la tête, comme l'aigle d'Eschyle sa tortue -. Tout était préparé ; les chandelles allumées, le prétendu poudré, la pauvre petite confessée. Elle avait essuyé les deux charmantes larmes que j'ai vues couler ce matin. Rien ne manquait que deux ou trois capucinades pour que le malheur de sa vie fût en règle. Il y avait dans tout cela la fortune de deux royaumes, la tranquillité de deux peuples ; et il faut que j'imagine de me déguiser en bossu ^ pour venir me griser derechef dans l'office de notre bon roi, et pour pêcher au bout d'une ficelle la perruque de son cher allié ! En vérité, lorsque je suis gris, je crois que j'ai quelque chose de surlmmain. Voilà le mariage manqué et tout remis en question. Le prince de Mantoue a demandé ma tête en échange de sa I^erruque. Le roi de Bavière a trouvé la peine un peu forte, et n'a consenti qu'à la prison. Le prince de Mantoue, grâce à Dieu, est si bête, qu'il se ferait plutôt couper en morceaux que d'en démordre ; ainsi la princesse reste fille, du moins pour cette fois. S'il n'y a pas là ^le sujet d'un poème

1. Fantasio, que poursuivent ses sot, quittera Munich en proférant

créanciers, a pris la place de Saint- des menaces. Quant à Fantasio.

Jean, le bouffon du roi de Bavière. nous le retrouvons en prison où il

Or, la jeune princesse royale Els- expie son méfait, et Elsbeth, avant

betli doit épouser le prince de d'avoir appris ce qui vient de se

Mantoue, qui se présente à Munich passer, y viendra lui rendre visite,

incognito en chargeant un aide-de- croyant que, sous le costume du

camp de remplir son rôle. Ce ma- bouffon, se cache celui dont elle doit

riage, tout politique, attriste fort être la femme.

Elsbeth, et le nouveau bouffon sur- 2. Légende rapportée par Valére-

prend ses larmes. Alors, au moyen Maxime.

d'une canne et d'un hameçon, il 3. Beaucoup de bouffons, et nopêche la perruque du faux prince. tamment celui dont Fantasio a pris Le vrai prince, qui d'ailleurs est un la place, portaient une bosse.

épique en douze chants, je ne m'y connais pas. Pope et Boileau ont fait des vers admirables sur des sujets bien moins importants ^ Ah ! si j'étais poète, comme je peindrais la scène de cette perruque voltigeant dans les airs ! Mais celui qui est capable de faire de pareilles choses dédaigne de les écrire. Ainsi la postérité s'en passera.

{Il s'endort. — Entrent Elsbeth et sa gouvernante, une lampe à la main.)

ELSBETH

Il dort ; ferme la porte doucement.

LA GOUVERNANTE

Voyez ; cela n'est pas douteux. Il a ôté sa perruque postiche, sa difformité a disparu en même temps ; le voilà tel qu'il est, tel que ses peuples le voient sur son char de triomphe ; c'est le noble prince de Mantoue.

ELSBETH

Oui, c'est lui ; voilà ma curiosité satisfaite ; je voulais voir son visage, et rien de plus ; laisse-moi me pencher sur lui.

[Elle prend la lampe.)

Psyché, prends garde à la goutte d'huile ^.

LA GOUVERNANTE

Il est beau comme un vrai Jésus.

Pourquoi m'as-tu donné à lire tant de romans et de contes de fées ? Pourquoi as-tu semé dans ma pauvre pensée tant de fleurs étranges et mystérieuses ?

LA GOUVERNANTE

Comme vous voilà émue sur la pointe de vos petits pieds ?

1. Im Boucle de cheveux enlevée et visage du dieu. Mais les sœurs de la le Lutrin. jeune fille la persuadent que son

2. C'est à elle-même que s'adresse amant est un monstre. Pendant le Elsbeth. — Psyché a été transportée sommeil de Cupidon, elle allume une par Cupidon dans un palais mer- lampe, et laisse tomber sur lui une veilleux où il vient passer chaque goutte d'huile : aussitôt Cupidon nuit ; son bonheur doit durer tant disparaît à ses yeux pour ne plus qu'elle ne cherchera pas à voir le revenir.

ELSBETH

Il s'éveille ; allons-nous-en.

FANTASio, S* éveillant.

Est-ce un rêve ? Je tiens le coin d'une robe blanche.

ELSBETH

Lâchez-moi ; laissez-moi partie.

FANTASIO

C'est vous, princesse ! Si c'est la grâce du bouffon du roi que vous m'apportez si divinement, laissez-moi remettre ma bosse et ma perruque ; ce sera fait dans un instant.

LA GOUVERNANTE

Ah ! prince, qu'il vous sied mal de nous tromper ainsi ! Ne reprenez pas ce costume ; nous savons tout.

FANTASIO

Prince ? Où en voyez- vous un ?

LA GOUVERNANTE

A quoi sert-il de dissimuler ?

FANTASIO

Je ne dissimule pas le moins du monde ; par quel hasard m'appelez-vous prince ?

LA GOUVERNANTE

Je connais mes devoirs envers Votre Altesse.

FANTASIO

Madame, je vous supplie de m'expliquer les paroles de cette honnête dame. Y a-t-il réellement quelque méprise extravagante, ou suis-je l'objet d'une raillerie ?

ELSBETH

Pourquoi le demander, lorsque c'est vous-même qui raillez ?

FANTASIO

Suis-je donc un prince, par hasard ? Concevrait-on quelque soupçon sur l'honneur de ma mère ?

ELSBETH

Qui êtes- VOUS, si vous n'êtes pas le prince de Mantoue ?

FANTASIO

Mon nom est Fantasio ; je suis un bourgeois de Munich. {Il lui montre une lettre).

Un bourgeois de Munich ? Et pourquoi êtes-vous déguisé ? Que faites- vous ici ?

FANTASIO

Madame, je vous supplie de me pardonner. {Il se jette à genoux. )

ELSBETH

Que veut dire cela ? Relevez-vous, homme, et sortez d'ici ! Je vous fais grâce d'une punition que vous mériteriez peutêtre. Qui vous a poussé à cette action ?

FANTASIO

Je ne puis dire le motif qui m'a conduit ici.

ELSBETH

Vous ne pouvez le dire ? et cependant je veux le savoir.

FANTASIO

Excusez-moi, je n'ose l'avouer.

LA GOUVERNANTE

Sortons, Elsbeth ; ne vous exposez pas à entendre des discours indignes de vous. Cet homme est un voleur, ou un insolent qui va vous parler d'amour.

ELSBETH

Je veux savoir la raison qui vous a fait prendre ce costume.

FANTASIO

Je vous supplie, épargnez-moi.

Non, non ! parlez, ou je ferme cette porte sur vous pour dix ans.

FANTASIO

Madame, je suis criblé de dettes ; mes créanciers ont obtenu un arrêt contre moi ; à l'heure où je vous parle, mes meubles sont vendus, et, si je n'étais dans cette prison, je serais dans une autre. On a dû venir m'arrêter hier au soir ; ne sachant où passer la nuit, ni comment me soustraire aux pom'suites des huissiers, j'ai imaginé de prendre ce costume et de venir me réfugier aux pieds du roi ; si vous me rendez la liberté, on va me prendre au collet ; mon oncle est un avare qui vit de pommes de terres et de radis, et qui me laisse mourir de faim dans tous les cabarets du royaume. Puisque vous voulez le savoir, je dois vingt mille écus.

ELSBETH

Tout cela est-il vrai ?

FANTASIO

Si je mens, je consens à les payer.

(On entend un bruit de chevaux.)

LA GOUVERNANTE

Voilà des chevaux qui passent ; c'est le roi en personne. Si je pouvais faire signe à un page ! {Elle appelle par la fenêtre.) Holà ! Flamel, où allez- vous donc ?

LE PAGE, en dehors.

lue prince de Mantoue va partir.

LA GOUVERNANTE

Le prince de Mantoue !

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