‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 133 sur 305 · Cf. U Isolement de Lamartine. 2. Souvenir d'Ossian · texte numérisé non relu

Cf. U Isolement de Lamartine. 2. Souvenir d'Ossian

CHATEAUBRIAND tiOT

') Le jour, je m'égarais sur de grandes bruyères terminées j)ar des forêts. Qu'il fallait {)eu de chose à ma rêverie ! une feuille séchée ({ue le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse (jui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire s'élevant au loin dans la vallée a souvent attiré mes regards ; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. L^n secret instinct me tourmentait ; je sentais que je n'étais moi-même (pi'un voyageur ; mais une voix du ciel semblait me dire : « Homme, la saison de la migration n'est pas encore venue ; n attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras » ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

>) Levez- vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie ^ ! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur.

') La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur, que j'aurais la puissance de créer des mondes...

>) Hélas ! j'étais seul, seul sur la terre ! Une langueur secrète s'emparait de mon corps. Ce dégoût de la vie que j'avais ressenti dès mon enfance revenait avec une force nouvelle. Bientôt mon cœur ne fournit plus d'aliment à ma pensée, et je ne m'apercevais de mon existence que par un profond sentiment d'ennui.

» Je luttai quelque temps contre mon mal, mais avec indif-

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