‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 202 sur 305 · LES HOMMES DOIVENT S'AIDER · texte numérisé non relu

LES HOMMES DOIVENT S'AIDER

Lorsqu'un arbre est seul, il est battu des vents et dépouillé de ses feuilles ; et ses branches, au lieu de s'élever, s'abaissent comme si elles cherchaient la terre.

Lorsqu'une plante est seule, ne trouvant point d'abri contre l'ardeur du soleil, elle languit et se dessèche, et meurt.

Lorsqu'un homme est seul, le vent de la puissance le courbe vers la terre, et l'ardeur de la convoitise absorbe la sève qui le nourrit.

Tant que vous serez désunis, et que chacun ne songera qu'à soi, vous n'aurez rien à espérer, que souffrance, et malheur, et oppression.

Qu'y a-t-il de plus faible que le passereau, et de plus désarmé que l'hirondelle ? Cependant, quand paraît l'oiseau de proie, les hirondelles et les passereaux parviennent à le chasser, en se rassemblant autour de lui, et le poursuivant tous ensemble.

Prenez exemple sur le passereau et sur l'hirondelle.

Celui qui se sépare de ses frères, la crainte le suit quand il marche, s'assied près de lui quand il repose, et ne le quitte pas même durant son sommeil.

Donc, si l'on vous demande : « Combien êtes-vous ? »

32f) LE XIX'' SIÈCLE PAR LES TEXTES

répondez : « Nous sommes un, car nos frères, c'est nous, et nous, c'est nos frères. »

Dieu n'a fait ni petits ni grands, ni maîtres ni esclaves : il a fait tous les hommes égaux.

Mais, entre les hommes, quelques-uns ont plus de force ou de corps, ou d'esprit, ou de volonté, et ce sont ceux-là qui cherchent à assujettir les autres, lorsque l'orgueil ou la convoitise étouffe en eux l'amour de leurs frères.

Et Dieu savait qu'il en serait ainsi, et c'est pourquoi il a commandé aux hommes de s'aimer, afin qu'ils fussent unis, et que les faibles ne tombassent point sous l'oppression des forts.

Car celui qui est plus fort qu'un seul sera moins fort que deux, et celui qui est plus fort que deux sera moins fort que quatre ; et ainsi les faibles ne craindront rien lorsque, s'aimant les uns les autres, ils seront unis véritablement.

Un homme voyageait dans la montagne, et, il arriva en un lieu où un gros rocher, ayant roulé sur le chemin, le remplissait tout entier, et, hors du chemin, il n'y avait point d'autre issue, ni à gauche à ni droite.

Or, cet homme, voyant qu'il ne pouvait continuer son voyage à cause du rocher, essaya de le mouvoir pour se faire un passage, et il se fatigua beaucoup à ce travail, et tous ses efforts furent vains.

Ce que voyant, il s'assit plein de tristesse et dit : « Que sera-ce de moi lorsque la nuit viendra et me surprendra dans cette solitude, sans nourriture, sans abri, sans défense ? »

Et, comme il était absorbé dans cette pensée, un autre voyageur survint, et celui-ci, aj'-ant fait ce qu'avait fait le premier et s'étant trouvé aussi impuissant à remuer le rocher, s'assit en silence et baissa la tête.

Et, après celui-ci, il en vint plusieurs autres, et aucun ne put mouvoir le rocher, et leur crainte à tous était grande.

Enfin l'un d'eux dit aux autres : « Mes frères, prions notre Père qui est dans les cieux ; peut-être qu'il aura pitié de nous dans cette détresse. »

Et cette parole fut écoutée, et ils prièrent de cœur le Père qui est dans les cieux.

Et, quand ils eurent prié, celui qui avait dit: « Prions, »

LAMEWAIS 3-27

dit encore : « Mes frères, ce qu'aucun de nous n'a pu faire seul, qui sait si nous ne le ferons pas tous ensemble ? »

Et ils se levèrent, et tous ensemble ils poussèrent le rocher, et le rocher céda, et ils poursuivirent la route en paix.

Le voyageur c'est l'homme, le voyage c'est la vie, le rocher, ce sont les misères qu'il rencontre à chaque pas sur sa route.

Aucun homme ne saurait soulever seul ce rocher ; mais Dieu en a mesuré le poids de manière qu'il n'arrête jamais ceux qui voyagent ensemble.

{Paroles d'un croyant.)

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