Tes systèmes philosophiques
donc pas au moins, comme l'Italie, des œuvres d'art à montier ? »
Bonnes sœurs, qui venez consoler ainsi la France, permettez que je vous réponde. Elle est malade, voyez-vous ; je lui vois la tête basse, elle ne veut pas parler.
Si l'on voulait entasser ce que chaque nation a dépensé de sang et d'or, et d'efforts de toute sorte, pour les choses désintéressées qui ne devaient profiter qu'au monde, la pyramide de la France irait montant jusqu'au ciel. Et la vôtre, ô nations, toutes tant que vous êtes ici, ah ! la vôtre, l'entassement de vos sacrifices irait au genou d'un enfant.
Ne venez donc pas me dire : « Comme elle est pâle, cette France ! )> Elle a versé son sang pour vous... — « Qu'elle est pauvre ! » — Pour votre cause elle a donné sans compter... Et, n'ayant plus rien, elle a dit : « Je n'ai ni or, ni argent ; mais ce que j'ai, je vous le donne... » Alors elle a donné son âme, et c'est de quoi vous vivez.
« Ce qui lui reste, c'est ce qu'elle a donné... » Mais, écoutez bien, nations, apprenez ce que sans nous vous n'auriez appris jamais : « Plus on donne, et plus on garde ! » Son esprit peut dormir en elle ; mais il est toujours entier, toujours près d'un puissant réveil.
Il y a bien longtemps que je suis la France, vivant jour par jour avec elle, et j'ai acquis cette foi que ce pays est celui de l'invincible espérance. Il faut bien que Dieu l'éclairé plus qu'une autre nation, puisqu'en pleine nuit elle v^oit quand nulle autre ne voit plus ; dans ces affreuses ténèbres qui se faisaient souvent au moyen âge et depuis, personne ne distinguait le ciel : la France seule voyait.
Voilà ce que c'est que la France. Avec elle rien n'est fini ; toujours à recommencer.
Quand nos paysans gaulois chassèrent un moment les Romains et firent un empire des Gaules S ils mirent sur leur monnaie le premier mot de ce pays, et le dernier : Espérance.
{Le Peuple: Flammarion, éditeur.)
1. Les paysans gaulois (bagaudes) au 1II« siècle et nommèrent euxse soulevèrent contre les Romains mômes un empereur.