‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 274 sur 305 · La Jeanne d'Arc de Schiller · texte numérisé non relu

La Jeanne d'Arc de Schiller

MICHELE! 4'2î>

clievaliers appelaient, attendaient d'en-haut, elle fut ici-bas... En qui i c'est la merveille. Dans ce qu'on méprisait, dans ce qui semblait le plus humble, dans une enfant, dans la simple fille des campagnes, du pauvre peuple de France... Car il y eut un peuple, il y eut une France. Cette dernière figure du passé fut aussi la première du temps qui commençait. En elle apparurent à la fois la Vierge.... et déjà la Patrie.

Telle est la poésie de ce grand fait, telle en est la philosophie, la liante vérité. Mais la réalité historique n'en est pas moins certaine ; elle ne fut que trop positive et trop cruellement constatée... Cette vivante énigme, cette mystérieuse créature, que tous jugèrent surnaturelle, cet ange ou démon, qui, selon quelques-uns, devait s'envoler un matin, il se trouva que c'était une jeune femme, une jeune fille, qu'elle n'avait ])oint d'ailes, qu'attachée comme nous à un corps mortel, elle devait souffrir, mourir, et de quelle affreuse mort !

Mais c'est justement dans cette réalité qui semble dégradante, dans cette triste épreuve de la nature, que l'idéal se retrouve et rayonne. Les contemporains eux-mêmes y reconnurent le Christ parmi les Pharisiens ^.. Toutefois, nous devons y voir encore autre chose, la Passion de la Vierge, le martyre de la pureté.

Il y a eu bien des martyrs : l'histoire en cite d'innombrables, plus ou moins purs, plus ou moins glorieux. L'orgueil a eu les siens, et la haine et l'esprit de dispute. Aucun siècle n'a manqué de martyrs batailleurs, qui sans doute mouraient de bonne grâce quand ils n'avaient pu tuer... Ces fanatiques n'ont rien à voir ici. La sainte fille n'est point des leurs, elle eut un signe à part : bonté, charité, douceur d'âme. Elle eut la douceur des anciens martyrs, mais avec une différence. Les premiers chrétiens ne restaient doux et purs qu'en fuyant l'action, en s'épargnant la lutte et l'épreuve du monde. Celle-ci fut douce dans la plus âpre lutte, bonne parmi les mauvais, pacifique dans la guerre même ; la guerre, ce triomphe du Diable, elle y porta l'esprit de Dieu. Elle prit

1. « L'évêque de Bcauvais et sa scribes et pharisiens se montrèrent

compagnie ne se montrt^rent pas aftectés à faire mourir Notre-Scl-

moins aHectés à faire mourir la gncur. ■ (Chronique de la Pucetle ;

Pucelie que Cayphe et Anne, et les note de Michelet.)

les armes quand elle sut « la pitié ^ qu'il y avait au royaume de France ». Elle ne pouvait voir « couler le sang français ». Cette tendresse de cœur, elle l'eut pour tous les hommes ; elle pleurait après les victoires et soignait les Anglais blessés.

Pureté, douceur, bonté héroïque, que cette suprême beauté de l'âme se soit rencontrée en une fille de France, cela peut surprendre les étrangers qui n'aiment à juger notre nation que par la légèreté des mœurs. Disons-leur (et sans partialité, aujourd'hui que tout cela est si loin de nous) que, sous cette légèreté, parmi ses folies et ses vices, la vieille France n'en fut pas moins le peuple de l'amour et de la grâce. Le sauveur de la France devait être une femme. La France était femme ellemême. Elle en avait la mobilité, mais aussi l'aimable douceur, la piété facile et charmante, l'excellence au moins du premier mouvement. Lors même qu'elle se complaisait aux vaines élégances et aux raffinements extérieurs, elle restait au fond plus près de la nature. Le Français, même vicieux, gardait plus qu'aucun autre le bon sens et le bon cœur...

Puisse la nouvelle France ne pas oublier le mot de l'ancienne : « Il n'y a que les grands cœurs qui sachent combien il y a de gloire à être bon - ! » L'être et rester tel entre les injustices des hommes et les sévérités de la Providence, ce n'est pas seulement le don d'une heureuse nature, c'est de la force et de l'héroïsme... Garder la douceur et la bienveillance parmi tant d'aigres disputes, traverser l'expérience sans lui permettre de toucher à ce trésor intérieur, cela est divin. Ceux qui persistent et vont ainsi jusqu'au bout sont les vrais élus. Et, quand même ils auraient quelquefois heurté^ dans le sentier difficile du monde, parmi leurs chutes, leurs faiblesses et leurs enfances *, ils n'en resteront pas moins les enfants de Dieu !

{Histoire de France; Flammarion, éditeur.)

■1. Pitié. Chose digne de pitié, et, 3. Hewrtë; Le mot-heMr/er, employé

par suite, misère. absolument, signifie recevoir un choc.

2. C'est le mot de Philoctète dans 4. lin/antes. Enfantillages, fautes

le Télémaque de Fénelon, livre XII. plus ou moins légères.

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