‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 287 sur 305 · Ses suivantes · texte numérisé non relu

Ses suivantes

de la plus ardente confiance : « Mon Dieu, j'ai espéré en vous, je remets mon âme entre vos mains. « Elle croyait qu'on la frapperait comme en France dans une attitude droite et avec le glaive. Les deux maîtres des hautes œuvres l'avertirent de son erreur et l'aidèrent à poser sa tête sur le billot, sans qu'elle cessât de prier. L'attendrissement était universel à la vue de cette lamentable infortune, de cet héroïque courage, de cette admirable douceur. Le bourreau lui-même était ému et la frappa d'une main mal assurée. La hache, au lieu d'atteindre le cou, tomba sur le derrière de la tête et la blessa, sans qu'elle fît un mouvement, sans qu'elle proférât une plainte. Au second coup seulement, le bourreau lui abattit la tête, qu'il montra en disant : « Dieu sauve la reine Elisabeth ! » — « Ainsi périssent tous ses ennemis ! » ajouta le docteur Fletcher. Une seule voix se fit entendi'e après la sienne, et dit : Amen I C'était celle du sombre comte de Kent.

(Marie Stuart ; Perrin et C®, éditeurs.)

LA (.KNTHALIsATin.V AU.MIMSTKATIVE SOUS LA MONARCHIE

J'ai entendu jadis un orateur, dans le temps où nous avions des assemblées politiques en France •, qui disait, en parlant de la centralisation administrative : « Cette belle concjuète de la Révolution, que l'Europe nous envie. » Je veux bien (jue la centralisation soit une belle conquête, je consens à ce que l'Europe nous l'envie ; mais je soutiens*que ce n'est point une conquête de la Révolution. C'est, au contraire, un produit de l'ancien régime, et j'ajouterai : la seule portion de la constitution politique de l'ancien régime qui ait survécu à la Révolution, parce que c'était la seule qui pût s'accommoder de l'état social nouveau que cette révolution a créé. Le lecteur qui aura la patience de lire attentivement le présent chapitre trouvera peut-être que j'ai surabondamment prouvé ma thèse.

Quand on jette un premier regard sur l'ancienne administration du royaume, tout y paraît d'abord diversité de règles et d'autorité, enchevêtrement de pouvoirs. La France est couverte de corps administratifs ou de fonctioimaires isolés qui ne dépendent pas les uns des autres, et qui prennent part au gouvernement en vertu d'un droit qu'ils ont acheté et qu'on ne peut leur reprendre. Souvent leurs attributions sont si entremêlées et si contiguës, qu'ils se pressent et s'entre-choquent dans le cercle des mêmes affaires.

Des cours de justice * prennent part indirectement à la puissance législative ; elles ont le droit de faire des règlements administratifs (jui obligent dans les limites de leur ressort. Quelquefois elles tiennent tête à l'administration proprement dite, blâment bruyamment ses mesures et décrètent ses agents '. Desimpies juges font des ordonnances de police dans les villes et dans les bourgs de leur résidence.

1. Tocqueville publiu V Ancien ments étnirnt en droit purement Régime et la RéooUilion sous le jiKlicinires.

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