LES SOUVENIRS DU PEUPLE
On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps ; L'humble toit, dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.
Là viendront les villageois Dire alors à quelque vieille :
« Par des récits d'autrefois.
Mère, abrégez notre veille; Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, Le peuple encor le révère.
Oui, le révère.
Parlez-nous de lui, grand' mère,
Parlez- nous de lui.
— Mes enfants, dans ce village.
Suivi de rois il passa.
Voilà bien longtemps de ça :
Je venais d'entrer en ménage.
A pied grimpant le coteau Où pour voir je m'étais mise.
Il avait petit chapeau Avec redingote grise.
Près de lui je me troublai ; Il me dit : « Bonjour, ma chère, » Bonjour, ma chère. »
— Il vous a parlé, grand'mère !
Il vous a parlé !
1. Béranger fut un des.poètes qui contribuèrent le plus à • la légende
napolitaino ».
(i) Voir notre Précis de l'Histoire de la Lilléialure française, p. ioa-iiaa.
BÉRANGEti il
« L'ail d'après, moi, pauvre femme, A Paris étant un jour, Je le vis avec sa cour :
Il se rendait à Notre-Dame *. Tous les cœurs étaient contents ; On admirait son cortège.
Chacun disait : « Quel beau temps !
» Le Ciel toujours le prqtège. »
Son sourire était bien doux ; D'un fils Dieu le rendait père, Le rendait père.
— Quel beau joui* pour vous, grand'mère ! Quel beau jour pour vous !
« Mais, quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers -, Lui, bravant tous les dangers.
Semblait seul tenir la campagne.
Un soir, tout comme aujourd'hui.
J'entends frapper à la porte ; J'ouvre. Bon Dieu ! c'était lui.
Suivi d'une faible escorte.
Il s'assoit où me voilà, S'écriant : « Oh ! quelle guerre !
» Oh ! quelle guerre !
— Il s'est assis là, grand'mère !
Il s'est assis là !
« J'ai faim, » dit-il, et bien vite Je sers piquette et pain bis ; Puis il sèche ses habits ; Même à dormir le feu l'invite.
Au réveil, voyant mes pleurs.
Il me dit : « Bonne espérance !
» Je cours de tous ses malheurs » Sous Paris venger la France. »