Le bleu Tilarèse est un fllet de Rhodes
d'eau boueuse... /.e ffo//e d'argren/ est O poètes! que vous importe ce
à deux journées de marche ; la blan- cri chagrin, quand le génie a sacré
che Oloossone est le pauvre village vos rêves harmonieux? Ils sont vrais
grisâtre d'Elassone, séparé du ruis- puisqu'ils vivent. » seau et du golfe par la respectable (La Thessalie, M. de Vogué.)
ALFRED DE MUSSET i(»9
Dirons-nous quelle main, dans les lampes sans nombre De la maison céleste, allume nuit et jour L'huile sainte de vie et d'éternel amour i Crierons-nous à Tarquin : « Il est. temps voici l'ombre ' »! Descendrons- nous cueillir la perle au fond des mers ? Mènerons-nous la chèvre aux ébéniers amers ? Montrerons-nous le ciel à la Mélancolie ? Suivrons-nous le chasseur sur les monts escarpés ? La biche le regarde ; elle pleure et supplie ; Sa bruyère l'attend, ses faons sont nouveau-nés : Il se baisse, il l'égorgé, et jette à la curée Sur les chiens en sueur son cœur encore vivant. Peindrons-nous une vierge à la joue empourprée S'en allant à la messe, un page la suivant. Et, d'un regard distrait, à côté de sa mère. Sur son livre entr'ouvert oubliant sa prière ? Elle écoute, en tremblant, dans l'écho des piliers Résonner l'éperon d'un hardi cavalier.
Dirons-nous aux héros des vieux temps de la France De monter tout armés aux créneaux de leurs tours. Et de ressusciter la naïve romance Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours ? Vêtirons-nous de blanc une molle élégie ? L'homme de Waterloo nous dira-t-il sa vie. Et ce qu'il a fauché du troupeau des humains, Avant que l'envoyé de la nuit éternelle Vint sur son tertre vert l'abattre d'un coup d'aile, Et sur son cœur de fer lui croiser les deux mains ? Clouerons-nous au poteau d'une satire altière Le nom sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire, Qui, poussé par la faim, du fond dé son oubli. S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance. Sur le front du génie insulter l'espérance. Et mordre le laurier que son souffle a sali ? Prends ton luth ! prends ton luth ! je ne peux plus me taire; Mon aile me soulève au souffle du printemps ; Le vent va m'emporter, je vais quitter la terre. Une larme de toi ! Dieu m'écoute ; il est temps. l.Tarquin le Superbe s'emparadutrône en tuant Servius Tullius,sonbeau-père.
LE POÈTE
S'il ne te faut, ma sœur chérie, Qu'un baiser d'une lèvre amie, Et qu'une larme de mes yeux, Je te les donnerai sans peine ; De nos amours qu'il te souvienne, Si tu remontes dans les cieux.
Je ne chante ni l'espérance.
Ni la gloire, ni le bonheur.
Hélas ! pas même la souffrance.
La bouche garde le silence Pour écouter parler le cœur.
LA MUSE
Quel que soit le souci que ta jeunesse endure.
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur ;
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage.
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux.
Ses petits affamés courent sur le rivage.
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie,
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée.
De son aile pendante abritant sa couvée.
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte :
En vain il a des mers fouillé la profondeur,
L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre.
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle ', Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle, Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur. Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, Fatigué de mourir dans un trop long supplice. Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ; Alors, il se soulève, ouvre son aile au vent. Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage, Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu. Que les oiseaux des mers désertent le rivage, Et que le voyageur attardé sur la plage, Sentant passer la mort, se recommande à Dieu ! , Poète, c'est ainsi que font les grands poètes. Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps - ; Mais les festins humains ^ qu'ils servent à leurs fêtes Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées. De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur, Ce n'est pas un concert à dilater le cœur. Leurs déclamations sont comme des épées ; Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant : Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.
LE POÈTE
O Muse, spectre insatiable.
Ne m'en demande pas si long.
L'homme n'écrit rien sur le sable.
A l'heure où passe l'aquilon.
J'ai vu le temps où ma jeunesse Sur mes lèvres était sans cesse Prête à chanter comme un oiseau.
Mais j'ai souffert un dur martyre, Et le moins que j'en pourrais dire, Si je l'essayais sur ma lyre, La briserait comme un roseau.
(Poésies nouvelles.)
1. Sa samjlanle nutmeUe. Son ccpuT, '.i. Festins humains. Dans le sens, avec lequel il nourrit ses lUs. où l'on dit sacrifices humains : des
2. Qhi uii>enl un temps. Qui ne festins où ils servent leur propre songent qu'à l'heure présente. cœur.