PREMIER SOURIRE DE PRINTEMPS
Tandis qu'à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants.
Mars, qui rit, malgré les averses.
Prépare en secret le printemps.
Pour les petites pâquerettes.
Sournoisement, lorsque tout dort.
Il repasse les collerettes Et cisèle les boutons d'or.
Dans le verger et dans la vigne Il s'en va, furtif perruquier, Avec une houppe de cygne.
Poudrer à frimas l'amandier '.
La nature au lit se repose ; Lui, descend au jardin désert Et lace les boutons de rose Dans leur corset de velours vert.
Tout en composant des solfèges Qu'aux merles il siffle à mi-voix, Il sème aux prés les perce-neiges Et les violettes aux bois.
Cf. Victor Hugo :
Le beau pommier, tout Jier de ses fleurs étoilées. Neige odorante du printemps.
{Orientales, Fantômes.)
Sur le cresson de la fontaine Où le cerf boit, l'oreille au guet, De sa main cachée il égrène Les grelots d'argent du muguet.
Sous l'herbe, pour que tu la cueilles, Il met la fraise au teint vermeil, Et te tresse un chapeau de feuilles Pour te garantir du soleil.
Puis, lorsque sa besogne est faite
Et que son règne va finir.
Au seuil d'avril tournant la tête,
Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »
{Emaux et Camées; Fasquelle, éditeur.