‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 92 sur 305 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

A l'âge qui pour moi fut si plein de douceurs. J'avais pour être aimé trois cousines (trois sœurs) ; Elles venaient souvent me voir au presbytère ; Le nom qu'elles portaient alors, je dois le taire : Toutes trois aujourd'hui marchent le front voilé, Une près de Morlaix et deux à Kemperlé. Mais je sais qu'en leur cloître elles me sont fidèles ; Elles ont prié Dieu pour moi qui parle d'elles.

Chez mon ancien curé, l'été, d'un lieu voisin Elles venaient donc voir l'écolier leur cousin. Prenaient, en me parlant, un langage de mères, Ou bien, selon leur âge et le mien, moins sévères, S'informaient de Marie, objet de mes amours, Et si, pour l'embrasser, je la suivais toujours ; Et, comme ma rougeur montrait assez ma flamme. Ces sœurs qui sans pitié jouaient avec mon âme. Curieuses aussi, résolurent de voir Celle qui me tenait si jeune en son pouvoir.

1, « L'élégie du pont Kerlô me à Bion. » (Sainte-Beuve, Portraits reporte involontairement à Moschus, coniemp., t. II.)

BKIZEUX 127

A l'heure de midi, lorsque de leur village,

Les enfants accouraient au bourg, selon l'usage,

Les voilà de s'asseoir, en riant, toutes trois,

Devant le cimetière, au-dessus de la croix ;

Et. quand au catéchisme arrivait une fille,

Rouge sous la chaleur et qui semblait gentille.

Comme il en venait tant de Ker-barz, Ker-halvé.

Et par tous les sentiers qui vont à Ti-néné,

Elles barraient sa route, et par plaisanterie

Disaient en soulevant sa coiffe : « Es-tu Marie ? »

Or celle-ci passait avec Joseph Daniel ;

Elle entendit son nom, et vite, grâce au ciel !

Se sauvait, quand Daniel, comme une biche fauve, '

La poursuivit, criant : « Voici Mai ^ qui se sauve ! »

Et, sautant par dessus les tombes et leurs morts.

Au détour du clocher la prit à bras le corps.

Elle se débattait, se cachait la figure ;

Mais chacun écarta ses mains et sa coiffure ;

Et les yeux des trois sœurs s'ouvrirent pour bien voir

Cette grappe du Scorf *, cette fleur de blé noir.

(Marie.)

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