‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 99 sur 305 · AUGUSTE BARBIER · texte numérisé non relu

AUGUSTE BARBIER

Si du sang généreux coule encor dans ta veine,

Si le monstre qui semble avoir bu ton haleine,

La mort, planant sur toi comme un heureux amant,

Pour toujours ne t'a pas clouée au monument *,

Si tu n'es pas enfin son entière conquête,

Alors quelque beau jour tu lèveras la tête.

Et, privés bien longtemps du soleil, tes grands yeux

S'ouvriront pour revoir le pur éclat des cieux.

Puis ton corps, ranimé par la chaude lumière.

Se dressera tout droit sur la funèbre pierre.

Alors, être plaintif, ne pouvant marcher seul.

Et tout embarrassé des longs plis du linceul, ,

Tu chercheras dans l'ombre une épaule adorée ;

Et, les deux pieds sortis de ta tombe sacrée.

Tu voudras un soutien pour faire quelques pas.

Alors à l'étranger, oh ! ne tends point les bras :

Car ce qui n'est pas toi, ni la Grèce ta mère.

Ce qui ne parle point ton langage sur terre

Et ne respire pas sous ton ciel enchanteur,

Bien souvent est barbare et frappé de laideur.

L'étranger ne viendrait sur ta couche de lave

Que pour te garrotter comme une blanche esclave ;

L'étranger corrompu, s'il te donnait la main.

Avilirait ton front et flétrirait ton sein.

Belle ressuscitée, ô princesse chérie,

N'arrête tes yeux noirs qu'au sol de la patrie,

Dans tes fils réunis cherche ton Roméo,

Noble et douce Italie, ô mère du vrai beau !

{Il Pianto ^, V Adieu ; Lemerre, éditeur.)

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