‹ Le babillardChapitre 1 sur 356 · Le babillard · texte numérisé non relu

Le babillard

Je sors d’avec Léandre : ah ! quel homme ennuyeux! Je n’en puis plus, je sens un mal de tête affreux :

11 n’a pas déparlé pendant une heure entière ;

Par bonheur, à la fin, je viens de m’en défaire,

Sous le prétexte heureux d’une commission Dont j’ai su le charger.

NÉRINE

11 fallait, sans façon,

Lui donner son congé. Si j’avais été crue,

Vous l’auriez fait, madame, à la première vue.

Sa langue est justement un claquet de moulin,

Qu’on ne peut arrêter sitôt qu’elle est en train ;

Qui babille, habille, et qui d’un flux rapide i Suit indiscrètement la chaleur qui la guide ;

* De guerre, de combats, cent fois vous étourdit; j Parle contre lui-même, et souvent se trahit;

Dit le bien et le mal sans voir la conséquence,

Et de taire un secret ignore la science.

CLARICE

Tu le peins assez bien.

NÉRINE

Oui, j’ose mettre en fait, Madame, qu’un bavard est toujours indiscret En vain. Tel est l’esprit de notre capitaine :

Quoiqu’il ne vienne ici que de cetle semaine.

Ce temps me semble un siècle; et je tremble aujourd’hui Que vous n’ayez dessein de vous unir à lui.

Etant si différents d’humeur, de caractère.

Clarice, honneur du sexe, a le don de se taire, Exempte du défaut qui nous est reproché,

Et dont monsieur Léandre est si fort entiché.

Pour moi, je trouverais son parent préférable ;

Yalère est le plus jeune et le plus raisonnable,

11 a beaucoup d’esprit, parle peu, comme vous.

CLARICE

Nérine, je veux bien 1 avouer entre nous,

Je pense comme toi : tout ce qui m’embarrasse,

Je dépends de ma tante.

Eh ! madame, de grâce,

N’êtes-vous pas veuve?

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