‹ Le babillardChapitre 103 sur 356 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

LE MARQUIS, à la comtesse.

Mais il est noble et sage.

LA COMTESSE

Je veux l’apprivoiser, elle est un peu sauvage.

GE LIANTE, à part.

Je n’éprouvai jamais un pareil embarras.

LA COMTESSE, à Céliante.

Mais vous fuyez le monde, et l’on ne vous voit pas. Dans votre appartement, quoi ! toujours retirée ? Jeune et formée en tout pour être désirée,

Quel injuste penchant vous porte à vous cacher?

11 faut donc, pour vous voir, qu’on vienne vous chercher? Je prétends vous tirer de cette nuit profonde,

Vous inspirer l’amour et l’esprit du grand monde.

Se tenir constamment recluse comme vous,

C’est exister sans vivre, et n’ètre point pour nous.

CÉLIANTE.

Vos soins m'honorent trop.

LA COM T’E SSE

Trêve de modestie.

CÉLIANTE.

Yos bontés... la comtesse.

Laissons là mes bontés, je vous prie.

céliante.

I/obscurité convient aux filles comme moi.

LA COMTESSE

De conduire vos pas je veux prendre l’emploi.

CÉLIANTE.

Pour suivre votre essor et l’esprit qui vous guide,

Ma raison est trop faible, et mon cœur trop timide. Les préjugés communs me tiennent sous leurs lois;

Et je soutiendrais mal l’honneur de votre choix.

Vous êtes demoiselle, et faite pour paraître,

Et vous ne brûlez pas de vous faire connaître ?

Vous flatter, vous nourrir de cet unique soin,

Pour vous est un devoir, je dis plus, un besoin;

Et celui de dormir et de se mettre à table,

N’est pas plus fort chez nous que celui d’être aimable.

L’HOMME DU JOUR

La nature, â mon sexe, en a fait une loi.

Se répandre et briller, c’est respirer, pour moi.

CÉLIANTE.

Je mets, pour moi, qui n’ai nulle coquetterie,

A fuir sur tout l’éclat, le bonheur de la vie ;

Et je tâche à trouver ce souverain bonheur,

Non dans l’esprit d’autrui, mais au fond de mon cœur.

LE MARQUIS, à la comtesse.

Au sein de la raison sa réponse est puisée.

J’en suis édifié.

LA COMTESSE, au marquis.

Moi, très-scandalisée,

(A Céliante.)

Mais il faut donc, par goût, que vous aimiez l’ennui?

CÉLIANTE.

11 ne m’est inspiré jamais que par autrui.

LA COMTESSE, à part.

Qu’elle est sotte à mes yeux !

CÉLIANTE, à part.

Qu’elle est extravagante!

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