M. DE F 0 R L I
Qui donc? Je ne puis vous comprendre.
LA COMTESSE
Ce violon fameux que nous devons entendre.
M. DE F O RL I s.
Quoi! c’est un violon qui balance mes droits?
LA COMTESSE
Il doit jouer, monsieur, pour la dernière fois.
M. DE FORLIS.
Voilà donc ce devoir unique, indispensable!
Je tombe de mon haut!
LA COMTESSE
C’est un homme admirable,
Et qui tire des sons singuliers et nouveaux.
Ses doigts sont surprenants, ce sont autant d’oiseaux. Doux et tendre, d’abord il vole terre à terre;
Puis, tout à coup, bruyant, il devient un tonnerre. Rien n’égale, en un mot, monsieur Vacarmini.
M. DE FORLIS.
Vacarmini,, madame, ou Tapagimini,
Tout merveillleux qu'il est n’est pas un personnage Qui mérite, sur moi, d’obtenir l’avantage.
Eh! qui donc êtes-vous, pour jouter contre lui?
M. DE FORLIS.
Quelqu’un que monsieur doit préférer aujourd’hui.
LA COMTESSE
Je vous crois du talent et beaucoup de mérite :
Mais vous ne partez pas apparemment si vite.
; On pourra vous entendre un autre jour.
m. de forlis. Gomment!
LA C OMTESSE.
Oui, quel est votre fort, monsieur, précisément?
La musette, la flûte, ou le violoncelle?
M. DE FORLIS.
| Moi! joueur de musette? Ah! la chose est nouvelle. f La bagatelle seule occupe vos esprits :
Un soin plus sérieux me conduit à Paris.
l’homme du jour.
L’HOMME DU JOUR
LA COMTESSE
Quelle est donc cette affaire, et si grave et si grandef
C’est un gouvernement qu’à la cour je demande*
LA GONTESSE.
Un gouvernement ?
M. DE FORLIS,
Oui.
LA COMTESSE
Quoi ! ce n’est que cela Oh ! rien ne presse moins ; si ce n’est celui-là,
Vous en aurez un autre, et la chose est facile.
Mais pour l’homme divin qui part de cette ville Le bonheur de l’entendre à ce jour est borné.
11 faut, il faut saisir le moment fortuné.
Si le baron manquait cet instant favorable,
Il n’en trouverait pas dans dix ans un semblable.
LE BARON
Oui, madame a raison, et j’en dois profiter.
M. DE FORLIS.
Quoi! pour un vain plaisir tu veux donc me quitter? Un ancien ami n’a pas la préférence ?
LA COMTESSE
Moi, je suis près de lui nouvelle connaissance.
Il me doit plus d’égards.
Oui, s’il faut parier,
C’est toujours pour celui qu’il connaît le dernier.
LA COMTESSE, au baron.
Le plaisir que j’attends me transporte d’avance. Donnez-moi donc la main, partons en diligence.
LE BARON
A des ordres si doux je me laisse entraîner.
LE MARQUIS, à M. do Forlis.
Monsieur, je vous promets de vous le ramener.
LA COMTESSE
Non, c’est flatter monsieur d’un espoir téméraire. J’enlève le baron pour la journée entière.
Je ne dérange rien dans les plans que je fais.