‹ Le babillardChapitre 256 sur 356 · LÉANDRE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LÉANDRE, LA COMTESSE

LA COMTESSE

Dites-moi, quel papier tenez-vous là, Léandre ?

Mais c’est, ma femme, un billet doux,

Que le marquis ici m’a chargé de vous rendre.

LA COMTESSE

Mais la commission est charmante pour vous.

LÉANDRE, lüi présentant le billet.

Fidèlement je m’en acquitte :

Vous l’allez lire sans tarder,

Pour y répondre encor plus vite,

Et d’un ton à ne pas devoir l’intimider;

Car je dois, de sa part, vous le recommander.

Son instance vraiment n’a pas été petite;

Et c’est une faveur qu’il lui faut accorder.

LA COMTESSE

Il doit fort se louer de votre complaisance,

De votre zèle à le servir,

Et vous devez aussi lui faire ce plaisir.

Et par justice, et par reeonnsissance.

Puisqu’il compose et donne en votre nom Des vers galants à Cidalise,

Et qu’il sert d’émissaire à votre passion,

Vous pouvez vous charger, cette peine est bien prise, De me faire accepter un billet de sa part;

Il mérite trop cet égard.

LÉANDRE

Quoi! sérieusement vous êtes dans l’idée Que le marquis a fait ces vers pour moi?

LA COMTESSE

Oui, j’en suis très-persuadée.

LÉANDRE

Pouvez-vous penser...

LA COMTESSE

Je le doi,

LE MARI GARÇON

Quand le marquis tout haut lui-même le déclare;

Le bruit de cet amour est si fort répandu Que tout Forge en est convaincu.

LÉ A ND RE

Ce bruit injuste autant qu’il est bizarre,

Me fâche beaucoup en secret,

Puisqu’il fait une injure à mon amour parfait;

Mais, d’uu autre côté, je l’avoue, il me charme, Puisque votre esprit s’en alarme,

Et qu’il m’est, de vos feux, un garant des plus doux. Je suis sûr d’être aimé, votre cœur est jaloux;

Le mien en est ravi : rien n’égale sa joie;

Devant vous, sans réserve, il faut qu’il la déploie.

LA COMTESSE

Je sens à ce discours, redoubler mon dépit.

Mon esprit n'en est plus le maître.

LÉ'ANDRE

Ne craignez pas de le faire paraître :

A mes yeux il vous embellit;

Oui, chez vous il devient une grâce piquante.

LA COMTESSE

Léandre, finissez : car je sens qu’il augmente.

LÉ ANDRE

Plus vous m’en ferez voir, plus vous serez charmante.

LA COMTESSE

Savez-vous bien, monsieur, que, si j’osais, Sincèrement je vous battrais?

LÉANDRE

Si je suivais ma fantaisie,

Pour moi, de tout mon cœur, je vous embrasserais : A Yotre égard, contentez votre envie;

Vos coups seront pour moi d’un goût flattçur Et d’une douceur infinie.

LA COMTESSE

Ah 1 par ce regard séducteur,

Malgré moi je suis attendrie.

Puis-je l’être pour un ingrat Qui, bien loin qu’il se justifie Du crime de m’avoir trahie,

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