LÉANDRE, LA COMTESSE
LA COMTESSE
Dites-moi, quel papier tenez-vous là, Léandre ?
Mais c’est, ma femme, un billet doux,
Que le marquis ici m’a chargé de vous rendre.
LA COMTESSE
Mais la commission est charmante pour vous.
LÉANDRE, lüi présentant le billet.
Fidèlement je m’en acquitte :
Vous l’allez lire sans tarder,
Pour y répondre encor plus vite,
Et d’un ton à ne pas devoir l’intimider;
Car je dois, de sa part, vous le recommander.
Son instance vraiment n’a pas été petite;
Et c’est une faveur qu’il lui faut accorder.
LA COMTESSE
Il doit fort se louer de votre complaisance,
De votre zèle à le servir,
Et vous devez aussi lui faire ce plaisir.
Et par justice, et par reeonnsissance.
Puisqu’il compose et donne en votre nom Des vers galants à Cidalise,
Et qu’il sert d’émissaire à votre passion,
Vous pouvez vous charger, cette peine est bien prise, De me faire accepter un billet de sa part;
Il mérite trop cet égard.
LÉANDRE
Quoi! sérieusement vous êtes dans l’idée Que le marquis a fait ces vers pour moi?
LA COMTESSE
Oui, j’en suis très-persuadée.
LÉANDRE
Pouvez-vous penser...
LA COMTESSE
Je le doi,
LE MARI GARÇON
Quand le marquis tout haut lui-même le déclare;
Le bruit de cet amour est si fort répandu Que tout Forge en est convaincu.
LÉ A ND RE
Ce bruit injuste autant qu’il est bizarre,
Me fâche beaucoup en secret,
Puisqu’il fait une injure à mon amour parfait;
Mais, d’uu autre côté, je l’avoue, il me charme, Puisque votre esprit s’en alarme,
Et qu’il m’est, de vos feux, un garant des plus doux. Je suis sûr d’être aimé, votre cœur est jaloux;
Le mien en est ravi : rien n’égale sa joie;
Devant vous, sans réserve, il faut qu’il la déploie.
LA COMTESSE
Je sens à ce discours, redoubler mon dépit.
Mon esprit n'en est plus le maître.
LÉ'ANDRE
Ne craignez pas de le faire paraître :
A mes yeux il vous embellit;
Oui, chez vous il devient une grâce piquante.
LA COMTESSE
Léandre, finissez : car je sens qu’il augmente.
LÉ ANDRE
Plus vous m’en ferez voir, plus vous serez charmante.
LA COMTESSE
Savez-vous bien, monsieur, que, si j’osais, Sincèrement je vous battrais?
LÉANDRE
Si je suivais ma fantaisie,
Pour moi, de tout mon cœur, je vous embrasserais : A Yotre égard, contentez votre envie;
Vos coups seront pour moi d’un goût flattçur Et d’une douceur infinie.
LA COMTESSE
Ah 1 par ce regard séducteur,
Malgré moi je suis attendrie.
Puis-je l’être pour un ingrat Qui, bien loin qu’il se justifie Du crime de m’avoir trahie,