‹ Le babillardChapitre 258 sur 356 · ACTE IIy SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE IIy SCÈNE X

Par quel moyen?...

M. DE LA JOIE

Par un trait de mon art,

Ou plutôt de son caractère.

J’ai réveillé l’effroi qu’elle a pour sa santé,

Et qui la rend souvent malade imaginaire;

Et j’ai fortement excité En même temps sa curiosité,

Qui de ses actions est le guide ordinaire,

Et qui la porte avec rapidité Vers les fêtes d’éclat et vers la nouveauté.

Celle du jour, et qu’on dit la plus belle,

Toujours la détermine et l’emporte chez elle.

Sur ces deux pivots-là je me suis appuyé;

J’ai fait d’abord le surpris à sa vue,

Et sur sa pâleur prétendue Je me suis beaucoup récrié,

Prononçant d’un air effrayé Qu’il faut partir de Forge à 1 instant, sans réplique, Sous peine d'être pulmonique :

Que le danger est grand bien plus qu’elle ne croit, Que le fer règne trop dans son eau métallique,

Et que, de ce fatal endroit,

L’air est ferrugineux, l’air est vitriolique,

Mille fois plus encor que l’onde qu’on y boit.

A ces grands mots, qui sont pour elle un coup de foudre, Elle a sincèrement pâli.

LÉ ANDRE

Mais l’air ferrugineux me fait frémir aussi.

Pour achever de la résoudre,

Et l’engager à partir sur-le-champ,

Je mêle les plaisirs à cet effroi pressant.

Je parle de Paris, je lui vante la fête Qu’avec tant de pompe on apprête.

J’ajoute qu’elle occupe et la ville et la cour :

Que rien n’approchera de sa magnificence :

Qu elle doit réunir mille jeux tour à tour,

Et que de toutes parts on vole en affluence,

LE MARI GARÇON

Pour so trouver à ce J)oau jour.

Je finissais la phrase à peine,

Qu’elle s’écrie : Ah ! je voudrais la voir.

La marquise, chez qui j’ai joué cette scène,

Dit qu’elle doit partir ce soir,

Qu’elles feront ensemble le voyage;

Et lui fait offre, poliment,

D’une place en son équipage.

Gidalise l’accepte avec empressement;

Et son esprit, rempli de la brillante image De tant de jeux divers que j’ai peints vivement,

De la terreur passe à l’enchantement.

Les fêtes de Paris obtiennent l’avantage;

Les nôtres, qui, pour elle, avaient tant d’agrément, Ne sont plus à ses yeux que des bals de village.

LA COMTESSE

Vous nous obligez tous de nous en délivrer.

(Elle regarde tendrement Léandre.)

Elle ne donne pas le temps de respirer.

M. DE LA JOIE

Venez donc, à partir, l’inviter au plus vite :

Je suis présentement sûr de la réussite.

Contre tous les fâcheux mon art doit conspirer : Dans la société cette peste maudite Conduit toujours l’ennui, le chagrin après soi : Poisons de la santé, supplices de la vie,

Et pères de la maladie.

Le plus pressant devoir, et le premier emploi D’un Esculape tel que moi,

Est d’en purger la compagnie,

Et d’extirper ce mal de bonne foi.

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