LUCINDE, MARTON
MARTON
Belle Lucinde, eh ! quoi ! vous paraissez rêveuse, Vous qu’on ne vit jamais un instant sérieuse.
Le jour de mon hymen est tout prêt d’arriver;
C’est un nœud sans retour, cela donne à rêver.
MARTON
Vous teniez l’autre jour un différent langage;
Votre esprit se faisait la plus charmante image..
LUCINDE
De nouvelles clartés ont détrompé mes yeux,
Et m’ont, depuis huit jours, appris à penser mieux. L’hymen, sous les dehors d’une liberté vaine,
Cache le poids réel d’une constante chaîne :
Notre âme en est la dupe; et ses liens trompeurs N’en sont pas moins gênants pour être ornés de fleurs.
LE SAGE ETOURDI
Je trouve îa contrainte où vous tient la tutelle D’une tante absolue, encore plus cruelle.
LUCINDE
Cette tante est vraiment une mère pour moi;
Je ne puis trop chérir ni respecter sa loi :
Elle rend à mes yeux ie devoir agréable,
L’obéissance douce, et la raison aimable.
MA RT o N.
J’en demeure d’accord ; mais, malgré ce portrait, Avouez avec moi que l’on prend sans regret Le parti de quitter la tante la plus chère Pour suivre un époux jeune et fait en tout pour plaire : Tel est votre Léandre.
LUCINDE
II est trop étourdi.
Son âge est un défaut.
M ART ON
Votre âge est assorti.
Vous n’avez que seize ans: il en a vingt, je pense. Pour un défaut commun on a de l’indulgence.
Comme vous il est vif; il a de la gaîté.
LUCINDE
J’aimerais mieux qu’il eût moins de vivacité.
Il faut, non pas en nous, ni dans nos caractères,
Une opposition qui les rende contraires (Elle est encore pis que l’uniformité);
Mais, dans l’âge et l’esprit, cette diversité ftraste. Qui, sans choquer nos cœurs, forme un heureux con- Je voudrais que Léandre eût le bon sens d’Eraste.
M ART ON
D'Éraste ! son esprit n’est pas des plus sensés.
Bans lui faire de tort, il a trente ans passés,
Et l’on voit cependant qu’il vit dans 1 indolence,
Sans prendre aucun parti .
Marion, c’est par prudence.
Il préfère en secret le repos à l’éclat.
C’est par cette raison qu’ii ne prend point d’état.