‹ Le babillardChapitre 292 sur 356 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

ÉLIANTE

Pour rompre, allez, monsieur, cessez de vous servir D’un prétexte offensant dont vous devez rougir.

Votre manque de foi vous rend assez coupable,

Sans le couvrir encor d’un voile si blâmable :

Je me sens par ce trait doublement offenser.

LÉAND RE.

Madame, un seul instant pouvez-vous le penser?

Si je ne vous aimais, mais avec violence,

Ferais-je un tel aveu dans cette circonstance?

De ma sincère ardeur tout doit vous assurer.

Vous êtes bien hardi de me le déclarer.

LÉAND RE.

Madame, sur ce point mon cœur n’est plus son maître. Après les sentiments qu’il vous a fait connaître, Fâchez-vous : éclatez autant qu’il vous plaira;

Il vous dira toujours, et vous répétera,

Que son amour pour vous est fondé sur l’estime ;

Que la raison l’éclaire et la vertu l’anime ;

Qu’elles l’ont affermi dans son culte secret,

Et qu’il adore en vous un mérite parfait;

Qu’il l’avoûra tout haut, qu’il s’en fait une gloire; Qu’il fuit tout autre nœud, que vous devez l’en croire; Qu’il met à vous fléchir son bonheur le plus doux,

Et qu’il sera constant, fùt-il haï de vous.

ÉLIANTE

Monsieur...

LÉ ANDRE

J’entends d’ici votre austère langage ; Vous allez commencer par m’opposer votre âge. Je vous arrête là : vous avez vingt-six ans;

C’est l’été de vos jours; par conséquent le temps D’inspirer, d’éprouver une flamme constante :

Car l’âge de penser d’une façon prudente,

De sentir fortement est aussi la saison.

Il faut, pour bien aimer, il faut de la raison.

ÉLIANTE

D’aimer, en ce cas-là, vous êtes peu capable.

LE SAGE ÉTOURDI

LE SAGE ÉTOURDI

LÉ4N-DR E

Mais je suis assez vieux pour être raisonnable :

Notre âge est assorti mieux que vous ne pensez. Madame, savez-vous que j’ai vingt ans passés ?

Il suffit de mon choix pour prouver ma sagesse;

Mes feux sont raisonnés; je veux une maîtresse Qui m’aide à me conduire, et non à m’égarer ;

Dont l’utile amitié, faite pour m’éclairer,

Doucement vers le bien me tourne avec adresse ;

Et voilà ce qu’en vous rencontre ma tendresse ;

De pareils sentiments sont-ils d’un étourdi ?

Et quand je me dis sage, hem ! vous ai-je menti? Rendez-moi donc justice, et convenez vous-mème Que ma flamme est sensée autant qu’elle est extrême ; Que la prudence seule a décidé mon choix,

Et que votre raison doit lui donner sa voix.

Quoi! madame, une ardeur si parfaite et si tendre Ne vous inspire rien?

É LIA N TE, d’un ton ironique.

Pardonnez-moi, Léandrc;

Je sens qu’elle m’inspire une juste pitié.

lé and r e.

Dites, dites plutôt une tendre amitié,

Telle que mon amour la mérite et l’espère.

É LIA N te.

Oui, comme mon neveu, vous l’aurez tout entière;

Je l’attache à ce titre.

LÉ AN D RE

Il est des noms plus doux :

La qualité d’amant et le titre d’époux.

É LIANTE

Y songez-vous, monsieur? vous êtes ridicule !

LÉ AN DRE

Madame, c’est en vain que votre âme recule ;

Je vous conduirai là; dans peu vous y viendrez.

ÉLIANTE

LÉ AND R E

D’honneur.

En vérité ?

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