SCÈNE III ÉRASTE, LÉANDRE
LÉ ANDRE
On dit que tu pars ?
ÉRASTE
Oui.
LÉANDRE
C’est à quoi je m’oppose.
Songes-tu qu’aujourd’hui mon hymen se dispose ?
Tu conduiras la fête, et je compte sur toi.
Tu me dispenseras de remplir cet emploi ;
xJ’y suis gauche, mon cher, on ne peut davantage,
Et mon beau jour n’est pas le jour d’un mariage. Adieu, je perds ici trop de temps à causer;
Vois ces dames pour moi, tâche de m’excuser.
LÉANDRE
Viens leur parler toi-même ; oui, ton devoir t’y porte, Et l’on ne s’est jamais comporté de la sorte.
Eliante, à coup sûr, s’en formaliserait;
Et sa nièce jamais ne te pardonnerait :
Tu sais qu’elle t’estime, et celte préférence...
ÉRASTE
C’est elle dont je veux éviter la présence.
LÉANDRE
Pourquoi donc l’éviter?
ÉRASTE
Pour un juste sujet*
LÉANDRE
Peut-on le savoir ?
ÉRASTE
Non.
LÉANDRE
Tu m’en fais un secret?
Oui, n’en demande pas là-dessus davantage.
LE SAGE ÉTOURDI
LÉ AND RE
Mon désir curieux s’accroît par ce langage.
ÉRASTE
Laisse-moi donc partir.
LÉ A ND R E
Non, j’arrête tes pas :
Tu ne partiras point, ou tu m’éclairciras.
ÉRASTE
Je l’aurais déjà fait si je pouvais t’instruire.
LÉ ANDRE
Je pénètre pourquoi tu crains de me le dire.
Pour fuir ainsi Lucinde, il faut absolument Que tu sentes pour elle un fort éloignement,
Et je serai contraint de le lui faire entendre Malgré...
ÉRASTE
Garde-t’en bien; tu mentirais, Léandre.
LÉANDRE
Tu ne la hais donc pas comme je l’ai pensé?
Non, puisqu’à l’avouer par toi je suis forcé,
A sa vue aujourd’hui je prétends me soustraire Parce qu’elle m’inspire un sentiment contraire.
LÉANDRE
Quoi l tu l’aimes ?
ÉRASTE
Non ; mais... si je tarde à partir,
La chose arrivera, je dois t’en avertir.
LÉANDRE
Demeure, en ce cas-là, demeure, je t’en prie.
ÉRASTE
Ce transport me surprend.
LÉANDRE
C’est moi qui t’en supplie.
ÉRASTE
Mais je t’ai déjà dit, moi, que je l’aimerai.
LÉANDRE
Va, tu m’obligeras, je t’en remercîrai.