‹ Le babillardChapitre 296 sur 356 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

A l’égard de sa tante elle est trop équitable Pour ne pas approuver un accord raisonnable.

Pour toi, tu m’as instruit des secrets de ton cœur,

Et tu ne voudras pas refuser ton bonheur.

ÉRASTE

Ton esprit confiant parle, tranche en oracle ;

Et sans voir les écueils, aplanit chaque obstacle ;

A son rapide essor il se laisse entraîner :

La tante, en premier lieu, t’enverra promener.

LÉ AND RE

Elle Ta déjà fait, mais par pure grimace.

Je viens de déclarer ma flamme.

ÉRASTE

Ah! quelle audace !

LÉ AN D RE

Je suis allé plus loin; je t’ai proposé, toi.

Pour épouser sa nièce et dégager ma foi.

ÉRASTE

De quel front, à quel titre, as-tu fait ces avances?

LÉ AN D RE

Mais à titre d’ami.

ÉRASTE

C’est trop d’extravagance

LÉANDRE

Mais tu dois...

ÉRASTE

Je ne dois ni ne veux me lier.

LÉANDRE

Et moi, moi, pour ton bien, je veux te marier.

A prendre ce parti c’est l’honneur qui t’invite : Malgré toi, je veux faire éclater ton mérite.

Avec de la naissance, à l’âge où tu te vois,

Propre et fait pour remplir les plus brillants emplois Dis, ne rougis-tu point d’être un grand inutile,

Et de grossir l’essaim des oisifs de la ville ?

Du destin qui t’attend il faut remplir l’éclat:

Il faut prendre une femme, il faut prendre un état; C’est là le seul parti qu’il te convient de suivre.

Qui ne vit que pour soi n’est pas digne de vivre :

20 LE SAGE ÉTOURDI

Tu dois à tes amis, tu dois à tes parents,

A ton pays, à toi, compte de tes moments ;

Tu dois les employer pour leur bien, pour ta gloire.

ÉRASTE

Va, mon cher, je n’ai pas la vanité de croire

Que mes instants pour eux soient d’un aussi grand prix,

Et je puis les couler dans un repos permis ;

Trop d’ennui, trop de soins suivent le mariage.

LÉ AND RE

L’ennui de l’indolence est plutôt le partage ;

C’est un vide du cœur, né de l’inaction ;

Il faut du mouvement, de l’occupation,

Des charges, des emplois qui remplissent ce vide ;

Des devoirs dont la voix nous excite et nous guide.

A s’en bien acquitter on trouve un bien plus sur.

Et pour un cœur bien fait le plaisir le plus pur,

Le bonheur le plus grand, le plus digne d’envie Est celui d’être utile et cher à sa patrie.

ÉRASTE

Le but de ce discours est d’engager mon cœur A se sacrifier pour faire ton bonheur.

Beaucoup plus que le mien ton intérêt t’anime, I

Et je fuis pour ne pas en être la victime.

LÉ AN D R E

Non, a la fuite en vain tu veux avoir recours.

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