ACTE !, SCÈNE III
CHAMPAGNE
Le désir de vous plaire est le seul qui m’attire.
Si des écrits du temps vous êtes amateur,
Monsieur, j’en suis fourni.
LE BARON
Vous êtes colporteur?
CHAMPAGNE
J’ai cette gloire-là.
LE BARON
Vous osez me le diro.
CHAMPAGNE
Je croyais que les vers. .
Non ; je n’en veux plus lire.
CHAMPAGNE
J’en ai pourtant de beaux et qu’on approuve fort.
LE BARON
Ce drôle est séduisant !
CHAMPAGNE
Pour commencer d’abord, Voulez-vous du permis ?
LE BARON
Oui; lui seul peut me plaire.
L’esprit qui fait rougir excite ma colère.
CHAMPAGNE
J’ai là de quoi choisir.
LE BARON
Je cède malgré moi.
Montrez-moi tous les vers qu’on a faits pour le roi.
CHAMPAGNE
Monsieur, voici du tout un volume très-ample,
LE BARON
Grand Dieu ! quelle brochure ! Ah ! plus je la contemple, Plus j’admire en secret son énorme grosseur.
CHAMPAGNE
On doit la respecter, c’est l’ouvrage du cœur.
Ainsi que vous, monsieur, je demeure étonnée.
LE MÉDECIN PAR OCCASION
LE MÉDECIN PAR OCCASION
CHAMPAGNE
Ce ne sont là pourtant que les vers de l’année,
LISETTE
Comme ils ont donné !
LE BARON
Trop.
LISETTE
Ils sont comme les vins ;
Plus ils sont abondants, monsieur, moins ils sont fins.
CHAMPAGNE
Oh ! la fécondité toujours est un mérite.
LE BARON
C’est plutôt dans les vers un défaut qui m’irrite.
LISETTE
Dès qu’ils parlent du roi, je les trouve tous bons.
Dans nos rimeurs français ils prouvent dans le fonds L’abondance du zèle.
LE BARON
Ou plutôt leur disette.
Tout le monde est auteur, personne n’est poëte.
Et je voudrais, morbleu, qu’un édit dans Paris Eût arrêté d’abord ce déluge d’écrits.
(A part, )
J’en parle par dépit, et j’en crève de rage.
CHAMPAGNE
La rigueur est trop grande.
LE BARON
Elle est juste, elle est sage.
CHAMPAGNE
Monsieur...
LE BARON
Retirez-vous avec votre recueil.
De ma porte jamais ne regardez le seuil.
(A part.)
Avec plus de fureur mon chagrin se rallume...
CHAMPAGNE, à part.
Il est fou...