‹ Le babillardChapitre 305 sur 356 · F R O N T IN · texte numérisé non relu

F R O N T IN

Votre chaise, monsieur, attend depuis une heure.

ÉRASTE

J’ai changé de dessein, Frontin, et je demeure.

FRONTIN

Ah! gardez-vous-en bien. Je dois vous avertir Que de ces lieux, pour cause, il est bon de partir.

ÉRASTE

Apprends-m’en la raison.

Puisqu’il faut vous la dire Contre votre repos tout le monde y conspire.

D’une chaîne éternelle on prétend vous lier.

Lucinde veut avoir cet honneur singulier.

ÉRASTE

Non : Lucinde plutôt fuit l’hymen elle-même.

Je sais ses sentiments : elle suit mon système;

Et dans la liberté, pour affermir son cœur,

Moi-même je l’instruis, et suis son précepteur.

FRONTIN

Son écolier plutôt; vous en êtes la dupe.

On vous trompe. Je plains l’erreur qui vous occupe Tous pour vous marier se sont donné le mot.

On voulait, qui plus est, me mettre du complot.

ÉRASTE

Qui? toi!

FRONTIN

Moi. Ce n’est pas un conte que je forge. Marion, monsieur, Marton, la bourse sur la gorge, A voulu me séduire, et surprendre ma foi.

Elle aurait triomphé d’un autre que de moi :

Mais vous me connaissez, je suis incorruptible.

Ta main a refusé l’argent? est-il possible?

LE SAGE ÉTOURDI

FR ONTIN.

Non : je l’ai pris, monsieur; mais protestant tout haut Que je vous presserais de partir au plus tôt.

À tenir mon serment je suis garçon fidèle;

5’ en crois mon intérêt, mais sans trahir mon zèle.

ÉRÀSTE,

Lucinde ne doit pas sitôt prendre un mari.

La noce est différée.

FRONTIN

On la fait aujourd’hui.

Je ne débite pas une fausse nouvelle.

On y travaille à force; et des filles comme elle On ne prépare pas l’hymen impunément.

Il lui faut un époux ce soir absolument.

Léandre, qui veut fuir ce nœud qui le menace,

Tâche secrètement de vous mettre à sa place.

Si vous n’y prenez garde, il y réussira :

Lucinde le seconde, et s’en flatte déjà.

FRONTIN

Oui, j’en suis sûr : c’est un tour effroyable. J Une jeune héritière, et riche autant qu’aimable,

Veut que de tant de bien vous soyez possesseur,

Et cette même nuit! Quel chagrin! quelle horreur!

ÉRASTE

Tu peins cette disgrâce et cette perfidie

Avec des traits, Frontin, qui m’en donnent envie.

FRONTIN

Je suis bien maladroit. Ce n’est pas mon désir. \

ÉRASTE

En formant ce lien, ce qui me fait frémir,

C’est qu’il faut avec lui subir vingt autres chaînes. Des amis importuns viendront combler mes peines. D’une charge leur main voudra me décorer;

En me désespérant, ils croiront m’honorer,

Disant qu’il faut un rang, que c’est par là qu’on brille.

FRONTIN

Ajoutez à cela des procès de famille,

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