‹ Le babillardChapitre 319 sur 356 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Mon ardeur, en naissant, condamnée au silence, S’accrut par la contrainte ; et cette violence Me conduisit bientôt aux portes du trépas.

Mon ami, désolé, me serrant dans ses bras,

Me conjure instamment de parler et de vivre;

Me dit que si je meurs, il est prêt de me suivre. Ses yeux, plus éclairés que ceux du médecin, Pénètrent que mon mal vient d’un feu clandestin, Et sa vive amitié tourne si bien mon âme,

Qu’il arrache l’aveu de ma secrète flamme.

« Vivez ! s’écria-t-il, vivez, mon cher marquis ;

« Je vous cède l'objet dont vous êtes épris.

« L’amitié, sans effort, vous fait ce sacrifice, a Emilie est aimable, et je lui rends justice;

« Mais j’admire ses traits, sans en être touché. » Du tombeau, par ces mots, je me vis arraché.

LA FLEUR

Voilà ce qu’on appelle un ami véritable.

LE MARQUIS

Un obstacle cruel, et presque insurmontable, Arrête cependant son dessein généreux.

Prêts à l’exécuter, nous sentons tous les deux Qu’aux mains d’un étranger la mère d’Emilie Ne livrera jamais une fille chérie,

L’objet de tous ses soins, et son unique espoir; Elle qui met sa joie au plaisir de la voir.

Que fait Belfort? Le jour que l'hymen se prépare, 8011 esprit imagine un moyen fou, bizarre ;

Mais le seul qui pouvait causer ma guérison.

U gagne le notaire, et, sous mon propre nom, Fait dresser le contrat, et, par ce stratagème, Feignant d’être témoin, je signe pour moi-même.

Voilà qui va fort bien. Le trait est sans égal.

Mais il n’a pas suffi pour guérir votre mal.

Le soir...

LE MARQUIS

Tout succéda parfaitement. La suite...

L’ÉPOUX PAH SUPERCHERIE

LA FLEUR

Je crois la deviner ; et je vous félicite.

Ah! le joli roman! Pour le rendre parfait,

N’est il pas vrai? milord, en confident discret,

Se retire sans bruit, trompant le domestique, Après s’ètre saisi de la lumière unique Qu’il avait fait laisser dans son appartement. Crac, vous prenez, monsieur, sa place doucement Et, sous le voile heureux de la nuit favorable, Vous devenez l’époux de cette dame aimable? Ilem? n’est-ce pas ainsi que le tout s’arrangea?

LE MARQUIS

Oui ; comme tu le dis la chose se passa.

LA FLEUR

Mais, avec de l’esprit, on compose une histoire.

LE MARQUIS

C’est une vérité.

Que je ne saurais croire.

LE MARQUIS

Faut-il te l’attester par le plus fort serment?

LA FLEUR

Madame est du secret, monsieur, apparemment?

LE MARQUIS

Ma femme n’en sait rien ; je n’ose l’en instruire.

LA FLEU R, à part.

Je pense, pour le coup, qu’il est dans le délire.

LE MARQUIS

Que la foudre à tes yeux m’écrase, si je mens!

LA FLEUR, à part.

Oh ! voilà les vapeurs qui troublent son bon sens. Par les discours qu'il tient, la chose est avérée, Et je n’en doute plus, à sa vue égarée.

LE MARQUIS

Tu vois qu’en ce pays tout m’oblige à rester.

LA FLEUR

Tout vous fait un devoir, monsieur, de le quitter.

LE MARQUIS

Plutôt que j’abandonne une épouse que j’aime.

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