ACTE II, SCÈNE XII
Eh bien, présentement vous vous faites connaître,
Et vous voilà, monsieur, tel qu’un mari doit être.
Je vous rends mon estime
BELFORT
Un tel prix m’est bien doux C’est le seul, c’est l’unique où j’aspire entre nous. Dans les empressements que j’ai pour Emilie,
Vous voyez le tableau, vous voyez la copie De tous ceux que j’aurai pour vous que je chéris, Constamment chaque jour, quand nous serons unis.
CONSTANCE
Comment ! vous revenez encore à vos folies?
B E LF O R T.
Oh! pour m’en corriger elles sont trop jolies.
CONSTANCE
Osez- vous bien tout haut...?
BELFORT
Oui, d’Orville est discret.
Et pour un tel ami je n’ai rien de secret.
CONSTANCE
Mais je ne reviens point de ma surprise exlrème.
Ce changement, monsieur, qui s’est fait en vous-
[même,
Ces soins pour votre femme, et ces transports subits, N’étaient donc que joués, et n'étaient pas sentis ?
BELFORT
J’ai fait exactement ce que je devais faire.
Ne m’estimez pas moins. C’est au fond un mystère Dont j’ai voulu tantôt en vain vous éclaircir.
Pardon ; présentement je n’ai pas ce loisir.
Un affaire d’Etat demande ma présence ;
Et je n’ai pas voulu partir, belle Constance,
Sans avoir pris congé de vous et du marquis.
LE MARQUIS
Tu pars?
BELFORT
Oui ; serviteur.
LE MARQUIS
Arrête.
L’ÉPOUX PAR SUPERCHERIE
BELFORT
Je ne puis
Te parler plus longtemps, ni rester davantage. Madame, en vous quittant, je vous parais volage, Haïssable, bizarre, et même extravagant :
Mais quand je reviendrai vous me verrez charmant Sage, aimable, discret, digne enfin de vos charmes Et je vous forcerai de me rendre les armes.
CONSTANCE
Je n’ai rien à répondre à de pareils adieux.
BELFORT
D’Orville vous tiendra compagnie en ces lieux.
(Au marquis.)
Je te laisse le soin de divertir ces dames.
Le talent d’un Français est d’amuser les femmes.
„ LE MARQUIS, retenant Belfort.
Emilie...
BELFORT, bas, au marquis.
Eh ! ce soir tu la détromperas.
LE MARQUIS
Je n’aurai plus ce droit quand tu n’y seras pas.
A. mon état cruel tu dois être sensible.
Recule ton voyage.
BELFORT
Il ne m’est pas possible.
Je vais au parlement, où je suis appelé.
LE MARQUIS
Qu’il attende.
BELFORT
Gomment ! quand il est assemblé?
LE MARQUIS
Je te conjure, ami...
BELFORT
Tes instances sont vaines.
Adieu. Je reviendrai, marquis, dans trois semaine
Trois semaines ! Milord. Ah ! c’est pour en mourir.
BELFORT
Laisse-moi; car je crains de me voir retenir