ACTE II, y CÈNE V
Et, dès qu’il vous verra, je gagerais ma vie Qu’il va prendre pour vous une estime infinie.
Avec lui fortement tâchez de vous lier.
Plût au ciel qu’il vous fit un jour son héritier!
Je crains qu’il ne me soit plus nuisible qu’utile.
Le grand empressement qu’il fait voir pour Lucile Alarme mon amour.
G’cot un riche barbon.
Vous n’ètes, par malheur, qu’un cadet de maison.
MONT VAL
J’hériterai peut-être.
LISETTE
Ah! frivole espérance 1
De quoi sert le savoir, à quoi bon la naissance,
La iigure, l'esprit, les grâces, la vertu,
Quand tout cet assemblage est d’argent dépourvu ?
MONTVAL
Un véritable amour, quand il est réciproque,
Sait suppléer à tout.
L I SETTE
Discours dont on se moque !
| Un amour mutuel, qui ne manque de rien,
Fait le bonheur parfait ; mais quand il est sans bien, C’est le comble, monsieur, de toutes les misères.
MONTVAL
Par tes réflexions, ah! tu me désespères !
LISETTE
Consolez-vous, monsieur, car Lucile, entre nous,
Est encor plus fidèle ou plus folle que vous.
Pour elle, franchement, sa constance m’alarme.
MONTVAL
Mon ardeur la mérite, et ce discours me charme.
LISETTE
Elle renonce à tout quand elie vous croit mort.
Quel sera de son cœur le noble et digne effort,
Sitôt qu’elle apprendra que vous ôtes en vie Rien ne pourra la vaincre.
LE MÉDECIN PAR OCCASION
LE MÉDECIN PAR OCCASION
MONT VAL
Ah ! mou âme ravie.
Sent renaître à présent le plus flatteur espoir! Mon cœur vole vers elle et brûle de la voir. Conduis-moi...
LISETTE
Je ne puis, monsieur.
MONT VAL
Je t’en conjure.
LISETTE
Elle dort. Vous savez qu’elle aime la peinture,
Et dessine aussi bien que vous faites des vers.
MONT VAL
Oui, je sais qu’elle unit tous les talents divers.
LISKTTE.
Pour adoucir l’erreur dont son âme est frappée. Elle est, depuis huit jours, constamment occupée, Du matin jusqu’au soir, à faire le portrait...
M O NT V AL
Lisette, de qui donc ?
LISETTE
D’un très- aimable objet.
MONTVAL
Quel objet ? Apprends-moi...
LISETTE
Monsieur, c’est do vous-même.
MONTVAL
De moi !
LISETTE
Jugez par là si Lucile vous aime.
Ah ! ce trait met le comble à mon ravissement.
Je cours à ses genoux...
LISETTE
Je vais auparavant
Savoir si la malade est à présent visible,
Et ménager près d’elle un instant si sensible ;
De peur qu’en vous voyant, un transport indiscret N’aille de vos deux cœurs révéler le secret.