SCÈNE V.— LA, MARQUISE
Ce lien, dans l’instant où Lucile est promise,
Où son hymen s’apprête, où l’heure même est prise Pour l’unir à Gléon dans cette même nuit,
Ne peut la regarder ; c’est moi, sans contredit,
C’est moi seule qui dois, au défaut de ma nièce, Renverser ton projet, orgueilleuse comtesse ;
Et, plutôt que ta main nous ôte notre bien,
Je m’unirai pour elle au médecin prussien.
Je me sacrifîrai pour la santé commune;
Je puis lui présenter ma main et ma fortune,
Dans un jour où Cléon enrichit tous les miens.
Mon âge et mon esprit sont assortis aux. siens;
Il a près de trente ans, je n’en ai pas quarante;
La veuve qu’on propose en doit avoir cinquante :
Elle est riche, dit-on; mais je le suis assez Pour un cœur qui n’a pas les vœux: intéressés.
Je suis sûre d’ailleurs qu’il m’estime d’avance,
Et j’ose me flatter d’avoir la préférence.
Voilà mon parti pris : mais la difficulté Est d’ea faire l’aveu sans blesser ma fierté.
Je le vois qui parait, et je sens à sa vue Une timidité qui m’était inconnue.