‹ Le bachelier de SalamanqueChapitre 6 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ce que devient le Bachelier' a.u sortir de clies le coatador. Ses réflexions sur sa conduite. Son hôte le fait entrer chex une veuve. Caractère de cette dame. Don Chërabin, de précepteur quHl était, devient intendant. Inclination de cette veuve pour lui. Entretien de la dame Rodnguea. -Surjet de cet entretien , et quel en fat le fruit.

Je n^eus garde , en sortant de chez le contador , d'aller trouver le religieux de la Merci , qui m'aurait sans doute fait de justes reproches sur ma sortie , et qui » uc me regardant peut-être plus que commo

un misérable qu'il devait abandcnncr, se serait fait un scrupule de me placer dans une nourelle maison. Je n'osai même retourner à mon hôtel garni, m'imaginant qu'on y savait mon histoire; car, quand on a fait une sottise , on croit que tout le monde en est d'abord informe. Je me retirai dans un quartier éloigne, et j'y louai une chambre garnie , où , n'ëtant pas sans argent, je demeurai quinze jours a me consulter sur ce que je devais faire.

Je me rappelai plus d'une fois le conseil du cure de Léganez. Je me repentais de ravoir néglige ; et, me reprochant ma faiblesse , je ne pouvais penser à Nise sans rougir de honte. Ah! malheureux, me disais-je , est-ce donc pour faire l'amour à des soubrettes que tu t'es fait précepteur ? Au liet^ de porter le scandale de maison en maison, renonce à un emploi que tu remplis si mal ; ou bien , si tu veux le continuer, purge tes mœurs, et fois tous tes efforts pour acqucnr les ver-

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tas qui te manquent pour t'ea bien aoquitter. £n un jnot, je me repentis de ma faute j et à force de me promettre d^étre plus sage, je conçus Tespérance de le derenir.

Pendant ce temps-là , mon nou<vel h^,

m'ayant pris en amitié, songeait à me

rendre service : Monsieur le bachelier , me

dit-il un jour, j'ai enyie de tous procurer

une bonne place , en tous inettant chez

une TeuTe de qualité qui fait ëlever sous

ses yeux son petit-fils. Ce mot de Teuve me

fil trembler d'abord. IV'y aurait-il point

ici quelque nouTeau précipice ? dis-je en

moi-même. Le démon n^aurait-il pas encore

envie de me tendre un piège? Mais je me

l'assurai en faisant réflexion que la dame

dont il s'agissait était une grand'mére , ce

qui supposait un âge à servir de frein à

non tempérament. Je répondis donc à

non bote que je lui serais fort obligé s'il

pouvait me faire ce plaisir.

Je vous promets que je lo ferai, me^ré*

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plûfua-t-il; c'est de quoi j/e suis très-assuré. J'ai été domestique de cette (lame , j'en sais ëcootëj dés aujourd'hui ^e yous proposerai pour précepteur de son petit-fils. Il n'j manqua pas. Il me loua beaucoup. Os eut envie de me Yoir j je me présentai. Je ne déplus point , et je fus arrêté sur-le-champ. La yeuve se nommait dona Louise de PadiUa. Son, époux ^ offieier-général , avait été tué dans les Pays-Bas , en combattant contre les Français. Poar une aïeule , je la trouvai fraîche encore , sans pourtant que sa fraîcheur me parût dangereuse.

Elle avait auprès d'elle , par politique ou autrement , deux femmes de chambre décrépites qui lui prêtaient un air de jeunesse. Une de ses suivantes, appelée la dame Rodriguez, possédait la confiance de sa mattresse , et s'élait acquis sur son esprit un grand ascendant. Je me réjouis intérieurement , et remerciai le ciel de ce qu'au lieu de ces antiques confidentes , dona Louise n'avait pas auprès d'elle deux

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geatilled soubrettes, qui auraient peutêtre encsore porté malheur à ma yertu.

Je m'ÎBStaUat doue dans noo peste, et -tout ails le mieux du monde aru commencement. Je ra^attacbai à mon nouTel éco- Cer , qui , joignant la docilittf â la plus heureuse disposition, appresait a merreiUe les élément de la langue latine. Il n^ayait pas huit ans aceontplis. En moins de six mois il fit des progrés qui surpassèrent mon attente, et m^attirèrent des prësens. Dona Louise me domxa une montre dW.

Peu de temps après, elle mVnToya un gros paquet de belle toile , pour m*en faire faire des chemises, aree une ëtofle de la pins fine laine de Ségorie, pour nr'habiUer.

Mais ton» ees dons , que je prenais pour des effets d^une pure géoérositë , Tenaient

dPnne autre cause, comme tous allez l'en-

tendre.

On me Tint dire un matin, pendant

^e je donnais leçon à mon disciple, que

madame me demandait. Je Tolai aussitôt

à. son appartement , où elle ^tait à sa toi' lette avec ses deux dames d'atours, qui employaient tout leur sayoir- faire à rapiécer, pour ainsi dire, ses appas. Elle était dans un négligé assez immodeste pour tenter , s'il n'eût pas en mé.me temps laisse entrevoir de quoi préserver de la tentation. Lorsqu'elle n»eut plus besoin de ses femmes, elle leur fît signe de se retirer ; et, m'ayant fait demeurer auprès d'elle d'un air mystérieux : Mettez-vous là , me dit-elle, et m'écoutez. J'ai sur vous des Tues que je suis bien aise de tous apprendre. Je ne vous regarde pas comme un l^omme qui n'est bon qu'à élever des enfans; je TOUS crois propre à bien d'au- 11*68 choses. J'ai résolu de tous confier le soin de mes affaires. Aussi bien Francisco Forteza , mon intendant , commence à Tieillir. Je Tais le congédier aTec une pension, et tous mettre à sa place, que TOUS remplirez mieux que lui , sans que tous cessiez pour cela d'être précepteur

de mon petit-fîls. Vous pouvez fort hien en même temps exercer ces deux emplois.

Je Toulus' remontrer à la dame que n^ayant jamais fait le métier dMntendant , je craignais de ne pas bien m'en acquitter. Vous vous moquez , me dit-elle , rien nVst plus aise. Je n'ai point de procès j je ne dois pas un maraTédis. Il ne s'agit que de tou-< cher mes revenus , et de faire la dépense de ma maison. Vous n'aurez, ajouta-t-elle, qu'à Tenir tous les matins dans mon appartement; nous travaillerons une heure ou deux; je vous aurai bientôt mis au fait. J'assurai la dame que j'étais prêt à faire ce qu'elle désirait ; et la-dessus je me retirai , non sans remarquer que ma veuve avait les yeux étincelans et le visage tout eo feu.

J'avais déjà trop d'expérience , ou plutôt tr6p bonne opinion de moi pour ne pas expliquer ces symptômes à mon avantage.

Je soupçonnai la bonne femme de m'en vouloir , et mes soupçons se tournèrent

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bientôt en certitude. La dame Kodrigvez, un matin , Tint me trouTer dans ma chamhre. Elle me salua d^un air riant, |etme dit: Le ciel tous conserre, monsieur te hachelier ! Que me donnerez-Tous pour la bonne nouyelle que je tous apporte ? Hé! qu'aTez-Tous donc, lui répondis-je, de si bon à me dire ? Que tous êtes, reprit-elle y le plus fortuné des précepteurs passés, présens et futurs.y ous aTez enflammé ma mattresse, qui m'a permis de tous réTéler ce secret important.

Mais quoi ! poursuiTit-elle , en s'aperce* Tant que le bonbeur qu'elle m'annonçait ne m'intéressait guère, tous receTez cette nouTelle d'un air bien indifférent. Que d'bonnétes gens seraient raTis d'être a totre place ! Si madame n'est plus dans sa première jeunesse, elle n'est pas encore, Dieu merci , arriTée au triste temps où les femmes doiTent renonce^* au commerce des hommes.

Ohl pour cela non, madame Rodri->

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çaety Ini répondû-je, il firadmit qae f emie perda Fesprit si je pensais autrement que ▼OHS. Oui 9 dona Louise a beaaooap de charmes. Efle est tout an plos an commencement de son automne, néanmoins , je Tons Faronerai, qaelqne honnenr que me &sse son amoor, je ne puis en profiter. Un commerce de galanterie ne oonTÎent nullement à un homme de mon caractère. Quoique je ne sois pas encore dans les ordres, ajoatai-je d^nn air hjpocrîte , il suffit que je porte un habit d'ecdésiastique pour garder â cet habillement les engagemens que je lui dois.

Ah! que m^osez-Tous dire? interrompit la vieille Rodriguez avec précipitatiott ; quelle horrible injustice tous fûtes â madame ! Pourrait-elle être capable d^nne intrigue galante, efle querombremémedu crime ëponyanie? Connaissez mieux dona Louise. Si y sans pouvoir Fen défendre, elle cède à Famonr qn''elle a pour vous , ne pensez pas qu^elle ait enyie de le satisfaire

aux dépens deja vertu. Vous le dirai-je? elle sVst déterminée à tous épouser.

Je fus un peu ému de ces dernières paroles. Sage et discrète Rodriguez, répliquai-je a la vieille suivante, quand madame voudrait m^honorer de sa main , ses parens ne traverseraient-ils pas ce mariage? Dona Louise, me répartit la vieille, est maîtresse de ses actions. Outre cela , vous êtes , ce me semble, de race noble j et d^ailleurs elle prétend se remarier si secrètement que personne n'en sache rien.

Quand je vis que ma veuve était assez folle pour vouloir pousser les choses si loin, je ne crus pas devoir être assez fou pour m'y opposer. Je priai Rodriguez de remercier de ma part sa maîtresse de ses bonnes intentions pour moi, e^de Tassurer que j^étais disposé à y répondre.

Je donnai à la soubrette le temps de rendre compte de cet entretien à dona Louise j après quoi j'allai confirmer moimême le rapport qu'elle devait lui avoir

£nt. Madame, dis-je à ma tendre TCtiTe en me jetant à ses genoax , est-il possible que TOUS ajez laissé tomber tos regards sur un homme si pea digne de tous posséder ? Je n^ose qtt^en tremblant y ajouter foi^ Ne me blâmez pas Tous-méme , répondit la dame, de ce que je Teux faire pour vous. Lorsque je ferme les yeux sur ce qu'il y a de plus répre'hensible dans mon dessein , estce a TOUS â me les ouvrir ? Profitez de ma faiblesse au lieu de la condamner. Ce que Rodriguez' TOUS a dit est véritable; vous m'avez plu , et bientôt un mariage secret joindra nos destinées , pourvu que vous soyez aussi sensible que vous devez Fétre à mes bontés.

Ah! madame, reprîs-je en baisant avec transport une de ses raainà sèches , croyezvous qu'un homme qui a des sentimens paisse payer d'ingratitude le sort agrçable que vous lui réservez? Non, non, soyez bien persuadée que ma reconnaissance égalera Vczcés de mon bonheur.

J'acomapai^i ees paroles d'un air et d^on ton des plus stfdutsaiM , je fis le passionné; mais s'il y ayait de Tant dans ines dëmonstrations, û y avait aussi du BatQr«l. Je me sentais si p^élrë des i>ontés de la, dame y qne mes yeux déjà ccnnmettçaienC à faire fftioe à sa Tieillesse.

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