LA BACTÉRIE RÉSISTANTE
elles sont uniquement constituées par des cocci, de tailles différentes, de i à 4 /i de diamètre, de formes assez irrégulîères, réunis en diplo, en tétrades. Deux jours plus tard^ un nouvel examen microscopique montre encore des cocci, mais on a en outre des formes bacillaires normales en grand nombre. Les réensemencements sur g'élose donnent toujours des colonies isolées, chaque colonie reproduisant toujours le même aspect : culture cocciforme puis mélang'e de cocci et de bacilles. Ces cultures renferment toujours, de plus, des ultramicrobes bactériophag-es.
2<^ Eliava et PozERSKi ont indiqué un procédé qui permet d'obtenir des bactéries résistantes, cocciforme, sans mélange d'ultramicrobes, et pouvailt se perpétuer sous cette forme pendant un certain nombre de générations ; le retour à la forme bacillaire s'obtient graduellement : après une quinzaine de repiquages on a de nouveau des cultures normales du bacille dysentérique sensible au Bactériophage.
A une émulsion bactérienne en bouillon, on ajoute o,oi cm^ d'une culture du Bactériophageanti, et on étale de suite une goutte de cette émulsion sur gélose inclinée. Le milieu reste souvent stérile, comme nous Tavons vu au chapitre précédent ; parfois on obtient pourtant un léger liseré de culture, toujours situé sur l'extrême bord supérieur de la gélose, là où le milieu est légèrement desséché. On prélève une parcelle du liseré que Ton étale sur un tube de fi^élose stérile ; on a, après incubation, une couche de culture parsemée de plages; on prélève de nouveau la semence pour un troisième passage à la partie supérieure de la gélose, et on continue jusqu'à ce qu'on obtienne une culture paraissant normale, c'est-à-dire ne présentant plus de plages. On a alors une culture de bactéries résistantes, sans mélange de Bactériophage, présentant la forme coccus.
Dans ces cultures la résistance des bactéries se maintient pendant un certain nombre de passages puis décroît peu à peu et on remarque que la résistance est liée à la forme coccus, car rallongement se produit au fur et à mesure que la résistance à l'action du Bactériophage décroît.
La forme coccus peut encore s'obtenir d'une autre manière : certains tubes de gélose ensemencés avec une culture secondaire donnent après un temps fort long, un, deux mois et même plus, une colonie, toujours située à la partie supérieure de la gélose. Cette colonie grossit peu à peu et après un an atteint un diamètre de plus de I cm. ; elle est uniquement formée de cocci. Il s'agit encore indubitablement de bactéries modifiées puisque des réensemencenients successifs permettent de revenir à la forme bacillaire normale.
J'ai obtenu ces étranges colonies avec le bacille dysentérique, types Shiga, Flexner et Hiss, B. coli et les bacilles typhique et paratyphiques.
Comme on le voit, la forme coccus est certainement une forme de résistance de la bactérie et le retour à la forme bacillaire se fait peu à peu au fur et à mesure que diminue la résistance.
La transformation morphologique s'accompagne d'un changement profond dans les propriétés de la bactérie.
Les cultures en cocci, comme d'ailleurs les cultures secondaires
et mixtes en général, ne sont plus agglutinables par un sérum spécifique. Le retour à Tagglutinabilité se produit en même temps que la perte de la résistance et fe retour à la forme normale.
A ce propos j'ai vérifié que les bacilles typhiques inagglutinables au sortir de l'organisme étaient également des bacilles résistants à l'action du Bactériophage antityphique et qu'ils avaient perdu cette résistance quand, après quelques passages sur' gélose, ils étaient devenus agglutinables. L'inagglutinabilité semble être une propriété des bactéries résistantes à l'action du Bactériophage.
La vitalité des bactéries résistantes est de beaucoup plus considérable que celle des bactéries normales. En ce qui concerne, par exemple, le bacille dysentérique de Shiga dont la vitalité est faible (il y a bien peu de souches qui soient repiquables après un mois ; aucune, parmi les nombreuses souches que j'ai manipulées, ne Tétait après deux mois), toutes les colonies sur gélose de Shiga résistant sont encore repiquables après dix-huit mois.
La virulence des bactéries résistantes à l'action du Bactériophage est également plus considérable que celle des bactéries normales.
Quant à la nature des bactéries résistantes, quelle que soit leur forme, aucun doute ne peut subsister puisqu'on obtient le retour à la forme normale et aux propriétés normales : il s'agit bien de bactéries de même espèce que celles qui ont servi à préparer l'émùlsion primitive et sur lesquelles on a fait agir le Bactériophage. En un mot il ne peut être question, ni d'une contamination accidentelle, ni de formes visibles du principe bactériophage.
J'ai effectué, avec une culture en cocci de la bactérie dysentérique de Shiga, les réactions biologiques suivantes, qui indiquent que ces cocci conservent les propriétés générales du bacille dysentérique normal :
a. l'injection au lapin provoque la mort de l'animal avec para-
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lysie du train postérieur et lésions intestinales identiques à celles qu'on observe chez les animaux morts à la suite d'une inoculation de bacille dysentérique type ;
b, les lapins préparés par des injections ménagées de ces cultures sont vaccinés contre une inoculation sûrement mortelle de bacilles dysentériques type ;
c, les lapins vaccinés par des injections ménagées de bacilles dysentériques type, sont vaccinés contre Tinjection d'une dose sûrement mortelle de ces cultures cocciformes ;
d, le séruni de lapins préparés par des injections ménagées de cultures de cocci contient une sensibilisatrice permettant la fixation de l'alexine sur les bacilles normaux.
Forme en zooglées. — L'examen microscopique des agglutinats formés dans les milieux liquides par les bactéries jouissant d'une grande résistance, ainsi que des colonies muqueuses sur gélose, montre que les bactéries (nous allons revenir dans un moment sur leur morphologie) y sont entourées d'une gangue muqueuse : il s'agit de véritables colonies zoogléiques.
Comme je Tai dit plus haut, aucun doute n'est possible sur la nature même de ces bactéries, toutes les réactions biologiques montrent qu'il s'agit dans tous les cas de bactéries de même espèce que celles qui ont servi à préparer l'émulsion primitive; on peut, de plus, dans tous les cas, revenir à la forme normale pure : il suffit d'éliminer le Bactériophage, cause de la mutation.
Nous voyons donc que la résistance de la bactérie à l'action du Bactériophage modifie profondément sa forme : la résistance s'accompagne du passage à la forme coccus ; si la bactérie, ayant à se défendre contre un Bactériophage extrêmement virulent, exalte sa résistance, il y a alors formation d'une capsule muqueuse qui'a certainement pour objet d'empêcher la pénétration des ultramicrobes dans le corps bactérien : ces bactéries capsulées jouissent de l'état réfractaire.
La mutation s'accompagne de modifications dans les propriétés de la bactérie : vitalité considérable, virulence exaltée, inagglutinabilité par les sérums spécifiques.
La résistance se maintient tant que la bactérie doit résister à l'action du Bactériophage : en l'absence d'ultramicrobes la résistance baisse peu à peu et d'autant plus rapidement qu'elle était moindre ;
dans les cas extrêmes, elle disparaît après une trentaine de passages sur gélose, ce qui représente toutefois un nombre considérable de générations.