VITALITÉ
L'uhramicrobe bactériophage est extrêmement résistant vis-à-vis de la plupart des agents de destruction, propriété qu'il partage d'ailleurs avec d'autres ultramicrobes.
Sa vitalité est très grande : les filtrats ou les cultures qui le contiennent sont encore actifs après six ans de conservation en tube scellé. Tous les germes renfermés dans une culture ne présentent d'ailleurs pas la même résistance car, après quatre années de conservation, une culture qui rienfermait au début deux milliards d'ultramicrobes par centimètre cube n'en contient plus qu'une centaine de millions vivants. Cette vitalité n'est pas exceptionnelle : certaines bactéries, non sporulées, offrent une vitalité du même ordre ; les cultures de B. coli, par exemple, sont encore repiquables après une dizaine d'années, et, là aussi, les divers bacilles d'une culture n'offrent pas la même résistance, car le nombre de ceux qui survivent devient de plus en plus faible avec le temps.
Si on laisse s'évaporer lentement à la température ordinaire une culture de Bactériophage, on retrouve celui-ci vivant dans les quelques gouttes de liquide sirupeux qui restent au fond du tube ; certaines bactéries se comportent d'ailleurs de même. Par contre on ne le retrouve plus vivant après douze mois dans une culture en bouillon glucose, alors qu'il est encore vivant dans un bouillon lactose.
Dans les déjections conservées à la température ordinaire en tubes scellés pendant 34 mois (septembre 1916 à juillet 1918), on retrouve
^O LE BACTÉRIOPHAGE
le Baclériophage vivant et aussi actif qu'au début ; Texpérience a été réalisée sur 4 échantillons de déjections provenant de convalescents de dysenterie.
Il résiste très longtemps à l'état sec : un fragment de papier filtre stérilisé est imbibé avec une goutte de culture de Bactériophage (anti-dysentérique) le papier est séché dans le vide et conservé en tube scellé pendant six mois à la température ordinaire ; après ce temps le fragment de papier est introduit dans une émulsion de bacilles dysentériques ; on obtient une lyse normale, quoique retardée : les ultramicrobes ont donc survécu. Un autre ultramicrobe, celui de la mosaïque du tabac, jouit de la même propriété, il résiste pendant deux ans dans les feuilles desséchées. Il est même inutile d'aller chercher des exemples de microbes aussi résistants chez les ultramicrobes : le Coccobacille des sauterelles est un bacille non sporulé, or, dans des cadavres de sauterelles mortes de la maladie qu'il provoque chez ces insectes (cadavres desséchés dans le vide sulfurique, pulvérisés et conservés en tubes scellés pendant trois ans), j'ai constaté que le Coccobacille se conserve vivant et virulent, car cette poudre ensemencée dans du bouillon donne des cultures normales et virulentes pour la sauterelle.