PRÉFACE
N France, un principe de droit public voulait que nul ne fût soustrait à ses juges naturels ; les ordonnances royaconfirment toutes cet axiome tutélaire, aujourd'hui consacré dans nos codes (lj, mais d'inextricables difficultés naissaient dans l'exécution (2). La noblesse, dans les provinces, résistait aux ordres du Roi (3), les
1. Le Parlement de Paris. — Le Chàlelet de Paris. — Les Curiosités des anciennes justices. — Pénalités anciennes.
2. Une Prison d'Etat sous Louis XLV , par Charles Louandre. 1874.
',». Les Archivé^ de la Bastille, par F. Ravaisson.
malfaiteurs tenaient hardiment la campagne (1), Faction de la magistrature et de la police était paralysée ; des conflits interminables s'élevaient, pour la compétence, entre les justices municipales, seigneuriales, ecclésiastiques , royales , entre les Parlements , les Élections, la Cour des Aides, les Grueries, les Tables de marbre, la Maréchaussée,
1. 1416. Richard Fillesur, écuyer de la garnison de Vire, reçoit 40 sols tournois, pour avoir escorté, pendant quatre jours, les deniers de la recette de Vire, dudit lieu de Vire à Gaen, pour doubte et crainte des brigands. — 1440. Simon de Beaujeu, maistre des œuvres royaux, à Nismes, y construit , par ordre du sénéchal , un pilier de pierre, pour y exécuter certaines masques homicides, vieilles sorcières condamnées à estre bruslées et arses, et des verges de fer, pour y attacher les oreilles et autres membres desdites masques. — 1517. Liste des vacabons, larrons et espieurs de chemins, condamnés par le viguier de Narbonne. — 1590. M. de Montigny, gouverneur du Blésois , enjoint aux habitants de veiller à la défense de Blois et d'en chasser les femmes dont les maris sont retirés parmi les rebelles. — 1600. Jugement du lieutenant criminel de Blois qui condamne Pierre Maillart à mort et sa nièce Gilette à estre fustigée, pour crime d'inceste. (Voir les Pénalités anciennes.)
les Officialités (1), les Amirautés; on invoquait des (2) privilèges de C ommittimus . Pour vaincre ces désordres si profonds, pour triompher de cette réelle anarchie, la royauté recourait utilement à l'arbitraire. Louis XI (3),
1. N'oublions pas les Chambres de justice (qui attendent encore un historien), créées afin que les malversations des officiers comptables et des gens d'affaires ne demeurassent pas impunies (Edils de juin 1625-1716). Vindex avarœ fraudis. — Le Roi, disait le procureur général Denis Talon, « ne veut pas qu'il lui soit reproché « que Ton mette désormais en commerce Tim- « punité,non plus que la licence de mal faire ». (Duclos, Mémoires secrets. — Mémoires du Président Hénault.) Avant 1789, il y avait, en France, dix-sept Parlements ou Conseils souverains audessous desquels fonctionnaient 829 présidiaux, bailliages ou sénéchaussées. (Voir le Parlement de Paris, le Châtelet.)
2. UHistoire de l'officiante de Paris avait été commencée sur nos indications, par le vénérable et savant abbé Lequeux. de Laon, vicaire général de Notre-Dame de Paris, grand pénitencier du diocèse de Paris, mais sa mort, survenue en 1865, a interrompu ce travail, entrepris sur les précieux documents, réunis aux Archives nationales, trop peu encore explorées.
3. Michelet , Sismondi , Henri Martin, dans leurs Histoires de France, ont éclairé d'un jour nouveau les figures et le rôle de ces souverains
Richelieu, Louis XIV, Colbert, Napoléon 1er, ces grands maîtres en l'art de gouverner, ces génies à la main de fer, à l'àme de marbre, invoquèrent souvent ces maximes qu'ils ont formulées ailleurs encore que dans leurs actes : que la nation (1) ne faisait « pas corps « en France et qu'elle résidait tout entière « dans la personne du Prince »*; ou bien que : « la volonté (2) de Dieu est que tout indice vidu, né sujet, obéisse, sans discerne- « ment ». Les prisons, les bastilles, les lettres de cachet, les Grands Jours, les commissions extraordinaires firent hautement et partout respecter cette prétendue volonté de Dieu. Depuis Philippe le Bel (3), entouré de ses légistes, jusqu'à Louis XVI, débordé par la Révolution, on s'inclinait en tremblant (4) devant cette vieille maxime * Laissez passer la justice du Roi. Cette justice ferme et austère, le peuple aussi bien que la noblesse la récla-