SCÈNE XVII ET DERNIÈRE
Les Mêmes , THIBAUT , JEANNETTE , entrant
sur le dernier mot.
THIBAUT
Le mariage... c'est bon... je crois que voilà le moment.
jeannette, bas a Thibaut.
Et moi , je le dis que je ne Veux pas que tu te fasses payer.
THIBAUT
Mais laissez-moi donc!., c'est le seul moyen d'avoir la ferme, puisque la nièce de madame la baronne me Ta dit ce matin... et puis, devant tout le village qui se moque de moi , j'aurai pris ma revanche.
Mad. de vervelles.
Qu'est-ce que c'est , Thibaut ?
THIBAUT
Rien... madame la baronne, je voulais vous demander, si le mariage de M. le colonel tenait toujours.
Mad. DE VEBVELLES.
Oui , sans doute.
THIBAUT
C'est qu'alors, voilà un effet souscrit par lui à mon profit... il m'a coûté cher a ravoir... mais ce n'est rien quan déjeuner, quand il s'agit d'une fortune.
dervillEj bas h Philippe.
C'est le billet.
PHILIPPE
Il paraît qu'il est retrouvé.
Thibaut j, a Jenny.
Ce matin , madame , tous me l'aviez demandé , et je vous l'apporte.
jenny veut passer pour le prendre.
C'est bien... donne-le moi.
Mad. de vervelles ï arrêtant.
Du tout., ma nièce.... ne vous mêlez pas de cela... D'après nos conventions, je me suis chargée de toutes les dettes de mon neveu... {Elle passe au milieu du théâtre , et veut prendre le billet que tient Thibaut, qui relit le papier ). Donnez , Thibaut.
THIBAUT
Non., madame , ce n'est pas vous que cela regarde
Mad. de vervelles.
C'est ce qui vous trompe.... (montrant les papiers qu'elle tient d la main) en voilà déjà une douzaine que je viens d'acquitter ainsi.
thibaut étonné.
Vraiment !
JEANNETTE
Eh! oui, Thibaut, c'est la tante qui paie.
THIBAUT
Àh!... (il reste immobile).
Mais vas donc, ou nous perdons la ferme. thibaut, étant le chapeau et présentant le billet. Alors, madame^ puisque c'est vous....
Mad. DE VERVELLES.
Donne, mon cher.... (lisant) i « Bon pour un baiser, a payable a Thibaut où à son ordre. » Qu'est-ce que c'est que cela ? et qu'est-ce que signifient de pareilles dettes ?
DER VILLE
Vous voyez, matante... des dettes de garçon.
Mad. DE VERVELLES.
Et c'est au moment de conclure un mariage... vous que j« regardais comme la sagesse même....
DERVILLE
Il est vrai, ma tante, c'est un arrière; mais voyez-vous...
{basa Jenny). Dieu! quelle idée! il n'a pas de date... (haut). Voyez-vous, c'est une dette si ancienne... que quand je l'ai contractée.... j'étais mineur.... et sous ce rapport, on pourrait contester la validité du billet; mais j ai trop de délicatesse pour faire tort a un pauvre diable de créancier.... que je plains de tout mon cœur; et comme vous avez promis, ma chère tante, d'acquitter toutes mes dettes....
jenny, riant.
Oui, ma tante, vous l'avez juré.
choeur.
Derville, Jeannette et Philippe, aveele chœur.
Ah ! pour lui , quel honneur insigne 1 Ah! comme il doit être content!
D'un' tell' faveur il est bien digne Faisons lui notre compliment.
(Se moquant do Thibaut.) Qu'il est content. . .
Ah ! ah ! qu'il est content f
Mme DE VEBVËLLE8.
Allons , Thibaut , Puisqu'il le faut , Je veux te faire cet honneur.
thibàut , faisant la grimace.
•Dieu ! quel honneur ! Dieu ! quel bonheur ! J'suis plus heureux Que je ne veux.
(Il embrasse madame de Vervelles.)
CHOEUB.
Ah! pour lui quel honneur indigne !
Ah! le voilà payé comptant.
Thibaut, monlratii le papier, Faut-il donner mou acquit?
BER VILLE
Ce n is la peine.
/ THIBAUT
C'est que si on voulait me paver deux fois, je suis honnèteybomme ! et je ne voudrais pas.... (à Jenny ) eh bien ! ma/lame, ce que tous m'aviez promis..: voilà le mo<
ment.... {à Jeannette qui veut l'empêcher de parler) laisse donc, c'est que je veux des dédommagemens.
JENNY
C'est juste, ma tante; j'ai promis à Thibaut le bail de votre ferme; et après l'honneur qu'il vientf de recevoir, personne, je l'espère, n'en est plus digne que lui.
Mad. DE VERV ELLES.
Oui, Thibaut, je vous l'accorde.
thibàut, à part.
Je ne l'ai pas volé.
Ain nouveau de M. Adolphe Adam.
PHILIPPE
Huissiers , recors , vous que l'on vexe, Plus heureux, puissiez-vous bientôt N'avoir affaire qu'au beau sexe , Etre traités comme Thibaut !
Votre charge alors serait bonne ; Mais ce sont souvent , par malheur , Des coups de canne que l'on donne , Au lieu d'un baiser au porteur.
Mme. DE VERVELLES.
Au temps de la chevalerie,
Siècles de constance et d'amour,
Plutôt que de trahir sa mie,
Un amant eût perdu le jour !
Nos galans ont moins de scrupule ,
De main en main passe leur cœur ,
Et leur fidélité circule
Ainsi qu'un billet au porteur.
Un jour que la pluie était forte , Pour traverser le grand ruisseau , Dans ses bras Jean-Claude me porte. . . En a-t-on dit dans le hameau.'. . .
Et cependant, pour tout salaire , Ici , j'en jure sur l'honneur ; Il me dit , en m' posant à terre , Donnez un baiser au porteur.
THIBAOT.
Un solliciteur se marie ; Ce n'est pas un homme d'esprit ; Mais sa femme est jeune et jolie, Et bientôt elle est en crédit.
A son époux qu'orgueil inspire , Madame , pour un grand seigneur, Donne une lettre qui veut dire:
» Donnez une place au porteur.
DEBVILI.E.
Un jeune homme épris d'une belle , Fût-il Céladon ou Crésus !
Peut trouver près de la cruelle Et le dédain et le refus.
Mais s'il porte à sa boutonnière Le noble signe de l'honneur , On voit la beauté la plus fière Donner un sourire au porteur.
jenivy , au Public.
Certain auteur dit qu'une pièce Est un effet tiré sur vous ; Heureux si la foule s'empresse A payer celui-ci chez nous 1 Des auteurs l'âme est inquiète , J'éprouve la môme frayeur ; En bravos acquittez leur traite, Et n'oubliez pas le porteur.