‹ Le banquet: papiers intimesChapitre 2 sur 19 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

M. Michelet Ta dit lui-même dans son premier testament daté de 1865 , qu'il faut toujours relire, lorsqu'on veut avoir le complément de sa pensée : Ma vie intime est partout mêlée à ma vie (Te'tude.

Gela tenait à une heureuse habitude de l'historien ; il notait toutes les pensées qui lui venaient à Tesprit, tout ce qu'il voyait et entendait au dehors d'intéressant, et toujours au moment même, ne se fiant pas à la. fidélité du souvenir.

Une fois l'idée ou le fait écrit, il jetait la feuille volante dans un des cinquante cartons qu'il avait amassés, puis, il l'oubliait volontairement, sûr de la retrouver au besoin, sans encombrement pour sa mémoire.

Ces pensées, toujours datées de l'année, du jour, du mois, ce qui leur donne une inestimable valeur, sont écrites à des heures et sous des impressions fort différentes.

Tantôt, elles lui viennent le matin à l'aube, avant de se mettre au travail. Pensées de nuit, graves et fortes ; la conscience de l'historien a vu

INTRODUCTION Vlï

clair dans les ténèbres, il a prk parti vivement.

Tantôt, ce sont les pensées du soir, on pourrait dire l'action de grâces du travailleur reconnaissant pour le labeur accompli.

Mais, le plus souvent, ces notes intimes sont le dialogue de Vâme avec elle-même, se racontant ses fluctuations, ses tristesses, ses regrets, « de trop peu valoir » , ayant une si haute mission à remplir.

A ces heures de mélancoliques retours sur rinsuffisance de la volonté pour être ce qu'il souhaiterait : « un homme d'airain », il écrit pour le remède de son âme : Pro remédia animât meœ.

On peut dire, autant de pensées, autant de révélations. Jour par jour, on suit l'évolution intérieure de ce grand esprit gravitant, bien que sa modestie en doute, dans un progrès harmonique et continu.

A ces pages nombreuses, laissées éparses dans les papiers « d'étude x> , il faut ajouter le Journal intime. Il remplit trois cartons que M. Michelet avait scellés de sa main, avec cette snscrip-

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tion : Papiers appartenant à madame Miçhelet.

Ici, nous retrouverons Tami, l'époux, le pèee de famille. C

L'esprit pensera moins, le cœur aimera davantage.

Ce journal, inégalement étendu, commence en 1820 et ne s'interrompt qu'à la mort.

Dans les années de production intense où la vie de relation est pour ainsi dire supprimée, ce n'est guère qu'un simple mémento. Mais, quand rhistorien fait un peu trêve à son dur métier, la vie du foyer reprend ses droits, le journal se remplit avec la suite et l'ampleur de véritables mémoires.

Pour Tenfance et la jeunesse, les matériaux sont considérables. M. Miçhelet aimait à revenir sur ce passé plein de douleurs ; il y ajoutait toujours, au courant de l'histoire et de l'enseignement. J'ai des notes qu'il écrivait encore un mois avant sa mort, en préparant le récit de la révolution de Juillet 1830, qui eut une si grande influence sur la marche de ses idées.

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