LES MÊMES , URBAIN
MARGUERITE
Arrivez, arrivez, M. Urbain , on vous attend avec impatience.
Esl-ce que M. Touque t est sorti ?
BLANCllli.
Oui , il n'y a qu'un instant.
URBAIN
Tant mieux ; nous parlerons plus librement. Bien qu'il consente à notre union , son visage dur, son ton sévère m'auraient gêné pour vous entretenir de mon amour. J'ai tant de choses à vous dire !... Ah ! ma chère Blanche, depuis que je sais que vous m'aimez, que vous devez être ma femme , j'en perds la tête de joie , de plaisir!.. Je n'ose croire à tant de bonheur... je suis comme un Ibu, je n'ai pas dormi de la nuit.
BLANCHE , ingénuement.
Moi non plus.
CHAVAGNAC
Vas moyen dé sortir!.. S'ils parlent d'amour mé voilà bien!,.
URBAIN
Il consent toujours?., il ne s'est pas dédit?., pardonnezmoi mes craintes... j'ai si peur de vous perdre!..
BLANCHE
Au contraire, ce matin encore il m'a dit de vous engager à hâter les préparatifs de notre union.
URBAIN
J'y ai songé.., demain je partirai.., mes affaires seront bientôt terminées. L'impatience de me revoir près de vous doublera mon activité et mon zèle... Oh î oui , deux jours me suffiront. Chère amie, mon habitation est petite, mais nous seuls nous compléterons notre famille... Marguerite en sera aussi. J'ai quelques talens, je les ferai valoir ; l'amour me donnera du courage , et le bonheur vaut mieux que la richesse.
BLANCHE
Renfermée ici depuis si long-temps, presque toujours seule , la compagnie sera toute nouvelle pour moi ; je serai à la lèle de mon petit ménage... je travaillerai aussi... Oh! oui , nous serons bien heureux...
CHAVAGNAC, à part.
Né pouvoir bouger!.. Je crains tant que lé guet né vienne !.. Si je pouvais m'échapper.
MARGUERITfc:.
Mon cher monsieur Urbain , il ne faut ]>as rester long-^ temps... M. Touquet me l'a bien recommandé.
KLANCHt:.
Quoi! tléjà, ma bonne?
TJRnÀlN.
A peine ai- je eu le temps de la voir... cle lui parler.
MARGUERITE
Ah! les amoureux n'en disent jamais assez. Si vous éliez comme moi depuis Iiuil ans chez M. Touquet, vous ne seriez pas tranquille ; sa vue seule me fait trembler.... Allons, il faut être raisonnable.
BLANCHE
Tu es aussi par trop craintive.
URBAIN
Puisqu'il le faut, séparons-nous. Adieu, Blanche... J'espère que cette contrainte cruelle ne durera pas longtemps.
(// lui baise la main et sort.)