‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 128 sur 288 · FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE · texte numérisé non relu

FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE

ANTONIO

ANTONIO, demi-gris, tenant un pot de giroflées écrasées.

Monseigneur! Monseigneur!

LE comte .

Que me veux-tu, Antonio?

ANTONIO

Faites donc une fois griller les croisées qui donnent sur mes couches. On jette toutes sortes de choses par ces fenêtres; et tout à l'heure encore on vient d'en jeter un homme.

LE COMTE

Par ces fenêtres?

ANTONIO

Regardez comme on arrange mes giroflées !

SUZANNE, bas, à Figaro.

Alerte, Figaro ! alerte !

FIGARO

Monseigneur, il est gris dès le matin.

ANTONIO

Vous n'y êtes pas : c'est un petit reste d'hier. Voilà comme on l'ait des jugements... ténébreux.

LE COMTE, avec feu.

Cet homme! cet homme ! où est-il?

ANTONIO

Où il est?

LE COMTE

Oui.

ANTONIO

C'est ce que je dis déjà. Il faut me le trouver, Je suis votre domestique ; il n'y a que moi qui prends soin de votre jardin; il y tombe un homme, et vous sentez... que ma réputation en est effleurée.

SUZANNE, bas, à Figaro.

Détourne, détourne.

FIGARO

Tu boiras donc toujours?

ANTONIO

Eh ! si je ne buvais pas, je deviendrais enragé.

LA COMTESSE

Mais en prendre ainsi sans besoin...

ANTONIO

Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.

LE COMTE, vivement.

Réponds-moi donc, ou je vais te chasser.

ANTONIO

Est-ce que je m'en irais !

LE COMTE

Comment donc ?

ANTONIO, se touchant le front.

Si vous n'avez pas assez de ça pour garder un bon domestique, je ne suis pas assez bête, moi, pour renvoyer un si bon maître.

LE COMTE le secoue avec colère.

On a, dis-tu, jeté un homme par cette fenêtre?

Page 1