‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 148 sur 288 · ACTE III, SCENE XV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE XV

BRTD'OISON.

Dou-ouble-main, lisez vous-même.

DOUBLE-MAIN, prenant le papier.

Et c'est le plus sûr; car souvent les Parties déguisent en lisant, (il lit.) E.e.e. Demoiselle e.e.e. de Verte-Allure e.e.e. Ha! laquelle somme je lui rendrai à sa réquisition dans ce château... ET... OU... ET... OU... Le mot est si mal écrit... il y a un pâté.

BRID'OISON

Un pâ-âté ? je sais ce que c'est!

BARTHOLO, plaidant.

Je soutiens, moi, que c'est la conjonction copulativeET qui lie les membres corrélatifs de la phrase : Je payerai la demoiselle, ET je l'épouserai.

FIGARO, plaidant.

Je soutiens, moi, que c'est la conjonction alternative OU qui sépare lesdits membres : je payerai la donzelle, OU jel'épouserai. A pédant, pédant et demi. Qu'ils'avise de parler latin, j'y suis grec ; je l'extermine.

LE COMTE

Gomment juger pareille question ?

BARTHOLO

Pour la trancher. Messieurs, et ne plus chicaner sur un mot, nous passons qu'il y ait OU.

FIGARO

J'en demande acte.

BARTHOLO

Et nous y adhérons. Un si mauvais refuge ne sauvera pas le coupable. Examinons le titre en ce sens, (il lit.) Laquelle somme je lui rendrai dans ce château où je f épouserai. C'est ainsi qu'on dirait, Messieurs : Vous vous ferez saigner dans ce lit où vous resterez chaudement, c'est dans lequel. Il prendra deux gros de rhubarbe où vous mêlerez un peu de tamarin :dans lesquels on mêlera. Ainsi château où je V épouserai, Messieurs, c'est château dans lequel..»

FIGARO

Point du tout : la phrase est dans le sens de celle-ci : ou la maladie vous tuera, ou ce sera le médecin; ou bien le Médecin; c'est incontestable. Autre exemple : ou vous n écrirez rien qui plaise, ou les sots vous dénigreront ; ou bien les sots; le sens est clair; car, audit cas,

sots ou méchants, sont le substantif qui gouverne. Maître Bartholo croit-il donc que j'aie oublié ma syntaxe? Ainsi je la payerai dans ce château, virgule, ou je l'épouserai...

BARTHOLO, vite.

Sans virgule.

FIGARO, vite.

Elle y est. C'est virgule, Messieurs, ou je l'épouserai.

BARTHOLO, regardant le papier, yite.

Sans virgule, Messieurs.

FIGARO, vite.

Elle y était, Messieurs. D'ailleurs, l'homme qui épouse est-il tenu de rembourser?

BARTHOLO, vite.

Oui ; nous nous marions séparés de biens.

FIGARO, vite.

Et nous de corps, dès que mariage n'est pas quittance.

(Les juges se lèvent et opinent tout bas.) BARTHOLO.

Plaisant acquittement !

DOUBLE-MAIN

Silence ! messieurs.

L'HUISSIER, glapissant.

Silence !

Un pareil fripon appelle cela payer ses dettes !

FIGARO

Est-ce votre cause, Avocat, que vous plaidez ?

BARTHOLO

Je défends cette Demoiselle.

FIGARO

Continuez à déraisonner; mais cessez d'injurier. Lorsque, craignant l'emportement des Plaideurs, les Tribunaux ont toléré qu'on appelât des tiers, ils n'ont pas entendu que ces défenseurs modérés deviendraient impunément des insolents privilégiés. C'est dégrader le

plus noble institut. (Lesjuges continuent d'opiner bas ) ANTONIO, à Marceline, montrant les juges.

Qu'ont-ils tant à balbueifler ?

MARCELINE

On a corrompu le grand Juge ; il corrompt l'autre, et je perds mon procès.

BARTHOLO, bas, d'un ton sombre.

J'en ai peur.

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