‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 157 sur 288 · ACTE IV, vSCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, vSCÈNE I

tourage. — Pour cet aimable aveugle qu'on nomme

Amour... (Il la reprend tendrement à bras le corps.) SUZANNE.

Ah ! c'est le seul qui m'intéresse!

FIGARO

Permets donc que, prenant l'emploi de la folie, je sois le bon chien qui le mène à ta jolie mignonne porte, et nous voilà logés pour la vie.

SUZANNE, riant.

L'Amour et toi ?

FIGARO

Moi et l'Amour.

Et vous ne chercherez pas d'autre gîte ?

FIGARO

Si tu m'y prends, je veux bien que mille millions de galants...

SUZANNE

Tu vas exagérer : dis ta bonne vérité.

FIGARO

Ma mérité la plus vraie !

SUZANNE

Fi donc, vilain ! en a-t-on plusieurs ?

FIGARO

Oh! que oui. Depuis qu'on a remarqué quavec le temps vieilles folies deviennent sagesse, et qu'anciens petits mensonges assez mal plantés ont produit de grosses, grosses vérités, on en a de mille espèces. Et celles qu'on sait, sans oser les divulger; car toute vérité n'est pas bonne à dire : et celles qu'on vante, sans y ajouter foi ; car toute vérité n'est pas bonne à croire : et les serments passionnés, les menaces des mères, les protestations des buveurs, les promesses des gens en place, le dernier mot de nos marchands ; cela ne finit pas. Il n'y a que mon amour pour Suzon qui soit une vérité de bon aloi.

SUZANNE

J'aime ta joie, parce qu'elle est folle : elle annonce que tu es heureux. Parlons du rendez-vous du Comte.

FIGARO

Ou plutôt n'en parlons jamais : il a failli me coûter Suzanne.

SUZANNE

Tu ne veux donc plus qu'il ait lieu ?

FIGARO

Si vous m'aimez, Suzon, votre parole d'honneur sur ce point : qu'il s'y morfonde, et c'est sa punition.

SUZANNE

Il m'en a plus coûté de l'accorder, que je n'ai de peine à le rompre ; il n'en sera plus question.

FIGARO

Ta bonne vérité ?

SUZANNE

Je ne suis pas comme vous autres savants, moi ; je n'en ai qu'une.

FIGARO

Et tu m'aimeras un peu ?

SUZANNE

Beaucoup.

FIGARO

Ce n'est guère.

SUZANNE

Et comment?

FIGARO

En l'ait d'amour, vois-tu, trop n'est pas même assez.

Je n'entends pas toutes ces finesses ; mais je n'aimerai que mon mari.

FIGARO

Tiens parole, et tu feras une belle exception à l'usage.

(Il veut l'embrasser.)

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