‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 159 sur 288 · SUZANNE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SUZANNE, LA COMTESSE

LA COMTESSE

As-tu ce qu'il nous faut pour troquer de vêtement?

SUZANNE

Il ne faut rien, Madame ; le rendez-vous ne tiendra pas.

LA COMTESSE

Ah ! vous changez d'avis ?

SUZANNE

C'est Figaro.

Vous me trompez.

Bonté divine !

LA COMTESSE

SUZANNE

LA COMTESSE

Figaro n'est pas homme à laisser échapper une dot.

SUZANNE

Madame! eh! que croyez-vous donc?

LA COMTESSE

Qu'enfin, d'accord avec le Comte, il vous fâche à présent de m' avoir confié ses projets. Je vous sais par

Cœur. Laissez-moi. (Elle veut sortir.)

SUZANNE se jette à genoux.

Au nom du Ciel, espoir de tous ! vous ne savez pas, Madame, le mal que vous laites à Suzanne! Après vos bontés continuelles et la dot que vous me donnez!...

LA COMTESSE la relève.

Hé mais... je ne sais ce que je dis! En me cédant ta place au jardin, tu n'y vas pas, mon cœur; tu tiens parole à ton mari, tu m'aides à ramener le mien.

Comme vous m'avez affligée!

LA COMTESSE

C'est que je ne suis qu'une étourdie. (Elle la baise au front.) Où est ton rendez- vous?

SUZANNE lui baise la main.

Le mot de jardin ma seul frappée.

LA COMTESSE, montrant la table.

Prends cette plume, et fixons un endroit.

SUZANNE

Lui écrire !

LA COMTESSE

Il le faut.

SUZANNE

Madame! au moins c'est vous...

LA COMTESSE

Je mets tout sur mon compte. (Suzanne s'assied, la Comtesse dicte.) Chanson nouvelle sur V air:... Qu'il fera beau, ce soir, sous les grands Marronniers... Qu'il fera beau ce soir...

SUZANNE écrit.

Sous les grands Marronniers... Après?

Crains-tu qu'il ne t'entende pas ?

SUZANNE relit.

C'est juste. (Elle plie le billet.) Avec quoi cacheter?

LA COMTESSE

Une épingle; dépêche. Elle servira de réponse. Écris sur le revers : Renvoyez-moi le cachet.

SUZANNE écrit en riant.

Ah ! le cachet!... celui-ci, Madame, est plus gai que celui du brevet.

LA COMTESSE avec un souvenir douloureux. Ah!

SUZANNE cherche sur elle.

Je n'ai pas d'épingle, à présent!

LA COMTESSE détache sa lévite.

Prends celle-ci. (Le ruban du Page tombe de son sein â

terre.) Ah! mon ruban !

SUZANNE le ramasse.

C'est celui du petit voleur! Vous avez eu la cruauté?...

LA COMTESSE

Fallait-il le laisser à son bras? C'eût été joli ! Donnez donc!

SUZANNE

Madame ne le portera plus, taché du sang de ce jeune homme.

LA COMTESSE le reprend.

Excellent pour Fanchette... Le premier bouquet qu'elle m'apportera.

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