SCÈNE VI
LE COMTE, FIGARO
LE COMTE
Qu' ai- jef entendu? Demain il épouse Rosine en secret !
FIGARO
Monseigneur, la difficulté de réussir ne fait qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre.
LE COMTE
Quel est donc ce Bazile qui se mêle de son mariage?
FIGARO
Un pauvre hère qui montre la musique à sa pupille,
infatué de son art, friponneau, besoigneux, à genoux
devant un écu, et dont il sera facile de venir à bout,
Monseigneur... (Regardant à la jalousie.) La v'ià, la v'ià.
LE COMTE
Qui donc ?
FIGARO
Derrière sa jalousie, la voilà, la voilà. Ne regardez pas, ne regardez donc pas !
Pourquoi ?
FIGARO
Ne vous écrit-elle pas : Chantez indifféremment? c'est-à-dire, chantez comme si vous chantiez... seulement pour chanter. Oh ! la v'ià, la v'ià, la vlà.
LE COMTE
Puisque j'ai commencé à l'intéresser sans être connu d'elle, ne quittons point le nom de Lindor que j'ai pris ! mon triomphe en aura plus de charmes, (il déploie le papier que Rosine a jeté.) Mais comment chanter sur cette musique? Je ne sais pas faire de vers, moi.
FIGARO
Tout ce qui vous viendra, Monseigneur, est excellent : en amour, le cœur n'est pas difficile sur les productions de l'esprit... et prenez ma guitare.