‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 210 sur 288 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

lousie, par un emploi dans ma légion. — Un an après la naissance du fils... qu'un combat détesté m'enlève (il met ia main à ses yeux.); lorsque je m'embarquai viceroi du Mexique, au lieu de rester à Madrid, ou dans mon palais à Se ville, ou d'habiter Aguas-Fresas, qui est un superbe séjour ; quelle retraite, ami, crois-tu que ma femme choisit? Le vilain château d'Astorga, cheflieu d'une méchante terre, que j'avais achetée des parents de ce page. C'est là qu'elle a voulu passer les trois années de mon absence; qu'elle y a mis au monde... (après neuf ou dix mois, que sais-je?) ce misérable enfant, qui porte les traits d'un perfide f Jadis, lorsqu'on m'avait peint pour le bracelet de la Comtesse, le peintre ayant trouvé ce page fort joli, désira d'en faire une étude ; c'est un des beaux tableaux de mon cabinet.

BÉGEARSS

Oui... (il baisse les yeux.) à telles enseignes que votre épouse...

LE COMTE, vivement.

Ne veut jamais le regarder? Eh bien ! sur ce portrait, j'ai fait faire celui-ci, dans ce bracelet, pareil en tout au sien, fait par le même joaillier qui monta tous ses diamants : je vais le substituer à la place du mien. Si elle en garde le silence, vous sentez que ma preuve est faite. Sous quelque forme qu'elle en parle, une explication sévère éclaircit ma honte à l'instant.

BÉGEARSS

Si vous me demandes mon avis, Monsieur, je blâme un tel projet.

LE COMTE

Pourquoi ?

L'honneur répugne à de pareils moyens. Si quelque hasard, heureux ou malheureux, vous eût présenté certains faits, je vous excuserais de les aprofondir. Mais tendre un piège ! des surprises ! Eh ! quel homme, un peu délicat, voudrait prendre un tel avantage sur son plus mortel ennemi?

LE COMTE

Il est trop tard pour reculer ; le bracelet est fait, le portrait du page est dedans...

BEGEARSS prend l'ecrin.

Monsieur, au nom du véritable honneur...

LE COMTE a enlevé le bracelet de l'ecrin.

Ah! mon cher portrait, je te tiens ! J'aurai du moins la joie d'en orner le bras de ma fille, cent fois plus digne de le porter!... (il y substitue l'autre.)

BEG-EARSS feint de s'y opposer. Ils tirent chacun l'ecrin de leur côté ; Bégeavss fait ouvrir adroitement le double fond, et dit avec colère :

Ah ! voilà la boîte brisée !

LE COMTE regarde.

Non ; ce n'est qu'un secret que le débat a fait ouvrir. Ce double fond renferme des papiers !

BÉG-EARSS s'y opposant.

Je me flatte, Monsieur, que vous n'abuserez point...

LE COMTE, impatient.

« Si quelque heureux hasard vous eût présenté certains faits, me disais-tu dans le moment, je vous excuserais de les approfondir... » Le hasard me les offre, et

je Vais suivre ton Conseil. (Il arrache les papiers.) BEGEARSS, avec chaleur.

Pour l'espoir de ma vie entière, je ne voudrais pas devenir complice d'un tel attentat! Remettez ces papiers, Monsieur, ou souffrez que je me retire, (il s'éloigne.)

(Le comte tient des papiers et lit.

Bégearss le regarde en dessous, et s'applaudit secrètement.) LE COMTE, avec fureur.

Je n'en veux pas apprendre davantage ; renferme tous les autres, et moi je garde celui-ci.

BÉGEARSS

Non ; quel qu'il soit, vous avez trop d'honneur pour commettre une...

LE COMTE, fièrement.

Une?... Achevez; tranchez le mot: je puis l'entendre.

BÉGEARSS, se courbant.

Pardon, Monsieur, mon bienfaiteur ! et n'imputez qu'à ma douleur l'indécence de mon reproche.

LE COMTE

Loin de t'en savoir mauvais gré, je t'en estime davantage, (il se jette sur un fauteuil.) Ah ! perfide Rosine !... Car, malgré mes légèretés, elle est la seule pour qui j'aie éprouvé... J'ai subjugué les autres femmes ! Ah !

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