‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 98 sur 288 · ACTE I, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE X

LE COMTE

Vous êtes bien émue, Madame !

LA. COMTESSE

Je ne m'en défends pas. Q îi sait le sort d'un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse ! il est allié de mes parents ; et de plus, il est mon filleul.

LE COMTE, à part.

Je vois que Bazile avait raison. (Haut). Jeune homme, embrassez Suzanne... pour la dernière fois.

FIGARO

Pourquoi cela, Monseigneur? Il viendra passer ses hivers. Baise-moi donc aussi, Capitaine! (il l'embrasse.) Adieu, mon petit Chérubin. Tu vas mener un train de vie bien différent, mon enfant : dame! tu ne rôderas plus tout le jour au quartier des femmes ; plus déchaudés, de goûters à la crème ; plus de main-chaude, ou de colin-maillard. De bons soldats, morbleu ! basanés, mal vêtus ; un grand fusil bien lourd ; tourne à droite, tourne à gauche, en avant, marche à la gloire ; et ne va pas broncher en chemin, à moins qu'un bon coup de feu. . .

Fi donc, l'horreur !

LA COMTESSE

Quel pronostic!

LE COMTE

Où donc est Marceline? Il est bien singulier qu'elle ne soit pas des vôtres !

FANCHETTE

Monseigneur, elle a pris le chemin du bourg, par le petit sentier de la ferme.

LE COMTE

Et elle en reviendra ?

BAZILE

Quand il plaira à Dieu.

FIGARO

S'il lui plaisait qu'il ne lui plût jamais. . .

FANCHETTE

Monsieur le Docteur lui donnait le bras.

LE COMTE, vivement.

Le Docteur est ici?

BAZILE

Elle s'en est d'abord emparé.. .

Il ne pouvait venir plus à propos.

FANGHETTE.

Elle avait l'air bien échauffé ; elle parlait tout haut en marchant, puis elle s'arrêtait et faisait comme ça, de grands bras. . . et Monsieur le Docteur lui faisait comme ça, de la main, en l'apaisant: elle paraissait si courroucée! Elle nommait mon cousin Figaro.

LE COMTE lui prend le menton.

Cousin... futur.

FANCHETTE, montrant Chérubin.

Monseigneur, nous avez- vous pardonné d'hier?...

LE COMTE interrompt.

Bonjour, bonjour, petite.

FIGARO

C'est son chien d'amour qui la berce : elle aurait troublé notre fête.

LE COMTE, à part.

Elle la troublera, je t'en réponds. (Haut.) Allons, Madame, entrons. Bazile, vous passerez chez moi.

SUZANNE, à Figaro.

Tu me rejoindras, mon fils?

FIGARO, bas à Suzanne

Est-il bien enfilé ?

SUZANNE, bas.

Charmant garçon ! (ils sortent tous.) SCÈNE XI

CHERUBIN, FIGARO, BAZILE.

Pendant qu'on sort, Figaro les arrête tous deux et les ramène FIGARO.

Ah çà, vous autres ! la cérémonie adoptée, ma fête de ce soir en est la suite ; il faut bravement nous recorder : ne faisons point comme ces Acteurs qui ne jouent jamais si mal que le jour où la critique est le plus éveillée. Nous n'avons point de lendemain qui nous excuse, nous. Sachons bien nos rôles aujourd'hui.

BAZILE, malignement.

Le mien est plus difficile que tu ne crois.

FIGARO, faisant, sans qu'il le voie, le geste de le rosser.

Tu es loin aussi de savoir tout le succès qu'il te vaudra.

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