‹ Le baron Charles DavillierChapitre 2 sur 20 · I'. EL DEL · texte numérisé non relu

I'. EL DEL

26 février 18£3.

.Vous achevions de revoir les épreuves des lignes qui précèdent, lorsqu’un ami vint en toute hâte nous porter la plus affligeante des nouvelles.

Le baron Charles Davillier se mourait. 11 était peut-être mort!

Ce fut pour nous la plus poignante des douleurs. — Nous accourûmes, rue Pigalle, le cœur serré de tristesse.

Le spectacle était navrant, jamais nous n’oublierons ce funèbre et déchirant tableau. Notre pauvre ami, étendu dans son lit, un crucifix sur la poitrine, la tête renversée, râlait ses derniers soupirs, tandis qu’auprès de son chevet ses frères pleuraient amèrement et que sa famille prodiguait des consolations à celle qui allait être sa veuve.

Nous ne pûmes que serrer une main glacée.

Très affecté de la perte de son ami Gustave Doré, il y a six semaines environ, le baron Davillier avait été pris d’une hémorrhagie nasale qui n’avait pas duré moins de douze heures.

Quoique mal remis, il poursuivait avec ardeur l’achèvement d’un travail sur la céramique qu’il avait promis à son éditeur pour la fin du mois de mars.

Le 27 février, après une journée laborieuse, il se mettait à table à sept heures et causait du dessin de Jeanniot qui ouvre ce livre. Tout à coup sa parole devint embarrassée, puis il se pencha sur le côté sans dire un mot. Effrayée, la baronne Davillier se précipita pour le soutenir. Une attaque de paralysie venait de le frapper comme un coup de foudre.

On le mit au lit, on manda le médecin en toute hâte; mais le mal était sans remède. Les secours les plus prompts furent impuissants à ranimer cetle belle intelligence si soudainement voilée.

La paralysie devint bientôt générale. Le 1er mars, à six heures, le baron Davillier s’endormait de son dernier sommeil. Deux jours après, une foule émue le conduisait à sa dernière demeure.

Nous redirons ici, en terminant, quelques-unes des paroles improvisées par nous comme suprême adieu sur la tombe de cet homme de bien.

« Chaque jour, chaque heure révèle à l’homme tout son néant. »

« Tel est le cri de douleur que jette Sénèque à lanouvelle de la mort d’un citoyen romain de haute distinction et digne de tout éloge.

» Ne pouvons-nous pas rappeler ces paroles du philosophe latin en présence du malheur qui vient de nous frapper tous.

» 11 y a quelques jours à peine, Davillier, ce savant discret et bienveillant, cet esprit universel, recevait chez lui ses amis. Au milieu d’eux, avec sa grâce souriante et familière, il causait, racontant ses espérances et ses travaux.

» La mort est venue brusquement le prendre et le séparer de cette compagne qui l’entourait de tendresse et de dévouement, qui était l’âme de cette demeure dont il était l’artiste et le travailleur.

» Comme nous l’aimions! — Ce érudit joignait à une affabilité exquise une grande indulgence pour les autres. Si sa modestie ne lui avait pas fait écarter les honneurs, il aurait pu siéger dans les plus illustres compagnies. De tels hommes honorent les assemblées par leur présence.

» Disons-le hautement, l’opinion publique a été surprise et attristée, après l’exposition de 1878, de ne pas lui voir obtenir la décoration. Mais ce n’était pas un homme à solliciter ce qu’on aurait dû lui offrir depuis longtemps. Ennemi du bruit, il craignait toujours d’attirer l’attention sur son nom sans soupçonner la valeur qu’il lui avait donnée.

» C’est une vie courte, mais bien remplie, celle qui s'achève si brusquement dans celte tombe encore entr’ouverte. Le baron Davillier était un écrivain de grand mérite. Il avait dirigé vers l’art ses travaux littéraires. Sachant beaucoup, il voulait savoir encore plus. Présumant trop de ses forces, il ne se ménageait pas, il exagérait la vitalité de son cerveau. Aussi la lame a usé le fourreau. C’est le travail qui l’a tué. Il est mort altéré de science, affamé de recherches. »

8 mars.

Motteroz, Adm. -Direct, des Imprimeries réunies, A, rue Mignon, 2, Paris.

ET

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