‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 10 sur 102 · A Tante · texte numérisé non relu

A Tante

l'aurois lieu de le croire , et Léandre du moins Semble pour me gagner ne manquer point de soins \ Mais cntin je crains tant qu'il ne soit pas honnête Qu'à me remarier je me montre si prête...

J.e veuvage est un don qu'on m'a toujours apprit Que le Ciel ne diipart qu'à ses plus favoris ; Et si dans ce qu'on sait par mainte et mainte épreuve Vous pouviez transporter votre office de veuve , Au lieu de le garder tou|ours en enrageant, 11 vous «croit aiié d'en txouvet de l'argent.

Malgré

Malgré des blonds cheveux la mode avantageuse. Un bandeau sied au front mieux qu'une paresseuse. Mais , Madame , chacun sait ses ndccssités.

La Tante.

Il est vrai , le veuvage a ses commodités ; Mais s'il en esc à qui le mariage coûte > D'autres n'y trouvent pas....

Lisette.

Vous le savez, saris doute.

Pendant plus de trente ans vous avez eu loisir D'apprendre ce qu'il a qui touche le désir : Le défunt vousaimoit, et chacun sait bien comme,...

La Tante.

Au mal de jaloux près, je le trouvois bonhomme; Mais il étoit si vieux....

J'entends: pour réconfort Vous en voulez un jîune J

La Tante.

Eh I Lisette , ai je tort i Lisette.

Non pas , et la jeunesse est d'un si grand usage Qu'ayant à prendre maître il le faut du bel .îge. Mais la difficulté c'est que votre barbon A bien usé le vôtre.

La Tante, F.h i mon Dieu , le voit-on ?

Mes ans aux yeux de tous sont ils si manifestes ?

Lisette.

Avec un peu d'emprunt vous avez de beaux restes,

14 LE BARON D'ALBIKRAG,

Et ccttain charme en vous saute encor tant aux yeux Qu'il en est à vingt ans qui ne valent pas mieux. Mais entre vous et moi , qui connois vos affaires , Vous en avez du moins trente surnumdraitcsi C'est quelque chose.

La Tante.

Ainsi tu me tiens hors d'état De plus faire divorce avec le célibat i

Lisette.

Non, un mari pour vous est un point nécessaire,

La T a n t s.

les gens ont sans cela tant de peine à se taire Que pour ôtcr tout lieu de médire de nous..,.

Lis e t t e.

Eh ! si l'une s'en plaint , l'autre le trouve doux. Dans la fleur de nos ans où tout aime à nous rire , C'est gloire que de nous on s'attache à médire, It j'en sais qu'on verroit pester au dernier point. Si de leurs soupivans on ne médisoit point, ï.es belles à l'envi tirent de ce murmure , Du côté du mérite , un favorable augure. C'tn est aussi la marque, et, sans expliquer rien. Si l'on a leurs faveurs on les acheté bien; Mais dans l'âge où pour nous manque li complaisanc», Malheur à qui ne fait taire la médisance 1 Grand opprobre. Madame i

La Xante.

11 est rude en tout tems.

Et beaucoup plus encor quand on a nombre d'ans.

COMÉDIE. ly

Cfoyêï-moi , sur ce point la médisance est vraie. Étant vieille l'on n'a que les amans qu'on paie. Et je laisse à juger la belle passion Qui s'allume ou s'éteint selon la pension !

La Tante.

Ah ; Lisette....

Lisette.

Excusez , je parle avec franchise.

La Tante.

ïn est-il....

Lisette.

Non , témoin notre vieille Marquise , Qui ne pouvant trouver de galant tout entier , Se contente, dit-on , qu'on serve par quaiticr. Pour quatre pensions il faut bonne finance !

La Tante.

Et puis, n'ai-je pas lieu de fuir la médisance?

Lisette, Oui , sans doute ; et de vous on en diroit autant. Mais en fait d'un mari ne barguigne! point tant: Le vouloir jeune et riche...,

La Tante.

Eh ! pour le bien , Lisette, Tu sais que ce n'est pas....

Lisette.

L'affaire vaut donc faite.

le Baron d'Albikrac sera votre vrai fait.

La T an t s.

S'il a si bonne mine...,

BiJ

i6 LE BARON D'ALBIKRAC,

Lis e t t e.

Ah ! Madame..,.

La Tante.

En effet ,

Vy puis songer.

Sur- tout suiveî ma tablature.

Garder, toujours la bourse , et donnez, à mesure. Quand on a comme vous force c'cus > bien comptés , On peut faire à propos as libéra'itds : Il est d'heureux momens où l'on trouve son compte,

La Tante.

Si j'osois m'assurcr àc Léandre, ou d'Oronte , J'auiois bientôt choisi.

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