LA MONTAGNE, T.TSETTE, LA TANTE, ANGÉLIQUE, ORONTE
Ia Montagne, « Angélique , feignant de la prendre pour sa tante,
vi'ui des deux est la tante ? A l'âge , la voilà.... Paidonncz , je sais bien que ce vilain mot d'âge Aux belles comme vous tient toujours lieu d'outrage ; Mais il ne vous en fait aucun , et , tout de bon , Vous chercher à deux fois auprès d'une poupon. Auprès de cette nièce à peine encore au monde , C'est une gloire en vous qui n'a point de seconde. On m'en avoir bien dit , et j'en trouve encor plus.
Angélique, à sa tante.
Que dirai-je , ma tante ?
La Montagne, à Angélique.
A d'autres cet abiks....
Ma tante !
La Tante, à ?a Montagne, Je la suis.
E iij
j4 LE BARON D'ALBIKRAC,
Ea Montagne, à /a lante.
Et celle-ci , la niecc i L A Ta n t e.
Elle s'est déclarée.
La Montagne.
Ouï , pour me faire pièce.
Comme provincial , vous voulez me sonder ; Mais ce n'est pas à moi qu'on en baille à garder.
La Tante.
On ne vous trompe point.
La Montagne.
Quoi ! vous seriez la tante ?
Moimême.
La Montagne.
Je ne sais si !c diable me tente; M.iis je sais qu'il me fait vouloir que cela fut. Ah! quel plaisir alors de s'aimer but à but! Car ne pouvant causer qu'un mal de coeur extrême , Tel qu'on l'auroit pour vous , vous l'autiex tout de
même.
Mal de cœur en amour est un drôle de mal.... Ma'S qui de notre tante est donc l'original i Sans railler , est-ce vous i
La Tante.
Je ne suis point surprise De vous voir affecter exprès cette méprise. Vous êtes obligeant, et me voulez flatter.
La Montagne.
Non, ma foi ! j'enrageois d'Avoir lieu de douter ,
COMEDIE. îî
Et ddja je songcois à trouver quelque adresse Four planter là la tante, et donner sur la nièce.
La T a n t I.
Ma nièce est-cllc si....
La Montagne.
Chacune vaut son piix ; * Mais eniïn....
Amgélique, liis , à Lisette.
Est-il fou de s'être ainsi mépris ?
Lisette, à la Montagne, le beau jeune Seigneur ! qu'il est bien fait !
Ma mcre
A pris aussi, dit on, grand plaisir à me faire; £t je m'en suis senti, cat certain air gaillard Que j'ai d'elle hérite, me rend tout égrillard.
( A lu tante, ) ( Â Angélique. )
Je vous divertirai , belle tante.... Ah ! ma nièce , 11 faut céder; la tante est la même jeunesse. Certains traits enfantins, doux, mignons, délicats...,
La Tante.
Ne me louei point tant.
La Montagne.
Je ne vous louerois pas.
Vous que je rois briller comme fleur printanicre ? Dieu me sauve I il n'est point.... Montrez-vous par-
derriere....
Vous êtes encor mieux , et si propre à charmer Qu'il ne faut point vous voir afin de vous aimer.
le port beau , l'air poupin. J'en tiens , et sans rctnede.» Quelle taille !
La r a n t I.
Il en est qui l'ont un peu plus laide. La Montagne.
Comment diable l et de plus de cinquante karats.
Lisette, à la tante.
Qu'il a d'esprit. Madame.'
La Montagne, à Lisette.
Ah ! l'on n'en doute pas.
La Tante, à Oronie. ' Vous êtes tout rêveur ?
La m o n t a g n e , i /.i tante.
J'eusse eu peine à m'en taire , Si vous ne l'eussieï dit. Kêve-t il d'ordinaire ? C'est un mal de chagrin dont je crains les accès.
La Tante.
11 est à pardonner quand on a des procès. La Montagne.
( A Croate. ) Monsieur en a? tant pis.... Monsieur est de province?
Auvcrgnac.
La Montagne.
On prdtcnd votre noblesse mince , Et vous venez ici la réhabiliter .'
Je crains peu que l'on songe à m'en inquiéter.
La Montagne.
l'en connois , soi-disanc issus de haute race ,
COMÉDIE. î:
Nobles commîleBoi, qu'on remet dans la crasse. Parmi de vieux papiers abandonnés aux rats Ils ont beau la plupart dénicher des contrats , Leur gcntilhommerie , étant toucc en paroles, Ke se trouve de poids qu'à celui des pistoles. A noBS autres Barons , qu'on voit hors du commun , On n'a pas dit un mot : moins à moi qu'à pas un. Aussi par-tout le bruit de ma noblesse craque : Mon père croit Kerling , et ma mère Albikraque ; Deux familles , pensez , d'éclat et de renom. Qu'on s'informe, on verra si quelqu'un dira , non.
La Tante, has , à Oronie.
Vous n'avez pas sujet....
La Montagne, iZa tante.
Je vous trouve inquiète.
Est ce que vous craignez de me sembler mal faite ? Ma foi , quand tout exprès pour me rôtir d'amour L'ouvrier qui vous fit vous auroit faite au tour , Qu'il auroit compassé, pour me rendre tout vôtre. Chaque connexité d'un membre avecque l'autre. Vous ne me plairiez pas davantage , et déjà J'enrage d'être au point dont mon père enragea ; Car on tient que deux jours après son mariagu 11 s'en motdit les doigts.
Angélique, tas , à Lisette,
Lisette , il n'est pas sage.
Lisette, las, ( Haut. ) C'est un homme enjoué.... Qu'il est divertissant !
I. A Tante, à hi Montagne , après qu'il lui a parle la!» Rien ne nous presse cncor.
La Montagne.
Je suis un peu pressant ; Mais à voir tant d'appas qui fcroit moins la presse ? Et puis , quand on va droit, sans entendre finesse. Et que l'un à-peu-prcs est de l'autre le fait, On dit que le plutôt vaut le mieux.
Lisette, à la tante.
En effet.
La Tante, à /a Montagne.
On y doit un peu plus songer que vous ne faites.
Gai comme je le suis , vous , dans l'âge où vous êtes , Selon que je me sens fortement dans vos lacs , Nous aurons quantitd de petits Albikracs , Ma tante.
La Tante, montrant ^ng^lique.
Pour le moins épargnez une fille.
Vous la faites rougir.
La Montagne.
Elle en est plus gentille.
Quant à moi , j'aime à voir ce vermillon subit Dont, en baissant les yeux, la friponne sourit. Il faut les faire à tout. Mais , mon aimable tante , Voyons votre maison ; sa propretd m'enchante , Et si j'en puis juger par cet appartement....
La Tante.
Vous n'y trouverei pas ce que..,.
COMEDIE. îj
La Montagne.
Sans compliment , AgrcSci que je sois votre dcuyer.
Lisette.
MaJame A dans son cabinet ce qui peut ravir l'ame. Il vous faut tout au moins deux heures pour le voir,
La Tante, à !a Montagne.
Quelque autre jour. ..
La Montagne.
Ahl non.
La Tante, ias , à Oronie.
Je suis au désespoir.
Ke vous chagrinez point , mon cher , je vous en piiï, Si je donne la main....
Lisette, à lu Montagne en ouvrant une porte. Par cette galerie....
La Tante, à Oronte.
Suivez-nous.
Oronte, ha! , à Ange'Uque.
En suivant, éloignons nous un peu, Lisette, bas.
Profitez du moment , on vous donr.c beau jeu.
Fin du second Acte*
co LE BAHON D'ALBIKRAC.