SCENE IV
LA TANTE, ORONTE, LISETTE, PHILlPI>r.
O R o N T i , feignant de ne pas voir ht lame.
jA perdre !.... Ah ! douleur qui me tue ! Tàchei d'en avoir l'ame un peu moins abatue. Si l'on trompe vos feux c'est pour vous secourir.
Ah ! qu'il vaudroit bien mieux qu'on me laissât pdrlr! Tu dis que cet Iiymen lui tient lieu de supplice , Qu'elle fait en tremblant ce'triste sacrifice , Qu'au Baron à regret elle donne la main?
LA Tante.
l'Iaignci-moi ; mon malheur, Oionte , est trop certain. Vous le savez , pour moi l'hymen est une peine ; Par pitié de vos feux j'étoufrois cette haine , Et, pour vous garantir d'un infâme trépas, 11 me faut épouser ce que je n'aime pas , Me livrer au Baron I
Or o N T E.
Au Baron ? Ah I Madamei La Tante.
Que de douceurs , hélas ! va perdre votre flamme! La mienne chaque jour , si l'hymen nous eût joints ,
Eût charmé votre cceur par mille tendres soins. Je vous aurois chéri , témoigne....
O R o N T E , à pan.
Quelle rage !
P H I L I P I N, âpart.
La bonne amc !
La TANTK,i Cronie.
Ah I pourquoi n'étiez.-vous pasp!u5 sage ? Pour la soeur du Baron , quoi qu'elle eût de charmant, Falloit-il de ves feu,\ croire rcmportement , S'y trop abandonner , n'en prévoir pas la suite ?
Tous deux de l'amour seul nous suivions la conduite. Hors une vieille tante , à tous momens au lit , Rien ne mettoit obstacle au feu qui nous surprit. La belle d'un coup d'oeil forçoit tout à se rendre : Je n'étoispas de marbre , elle avoit le cccur tendre. Cent faveurs m'assuroient dun amour mutuel i Madame , étoit-ce à moi de faire le cruel ? Sans ce galant surpris elle m'étoit si chcrc Qu'afin de l'épousct j'eusse attendu son frcrc ; Mais plutôt..,.
La Tante.
Par argent si nous tâchions. . , .
Abusl J'ai fait offrir six fois jusqu'à dix milic ccus ; Mais .1 moins d'épouser. . . .
La t a k t e.
11 fcut donc me résoudre
i.îî LE BARON D'ALBIKRAC,
A devenir sa femme afin de vous absoudre. Un veuvage éternel me seroit bien plus doux.
îh 1 bien, demeure?, veuve.
La Tante.
Eh ; que deviendrci-vous î I.e Baron a juid votre ruine entière.
Ali I que si vous pouviez n'être point la Rapière 1
Sa rapière a fait rage , il en a pris le nom. Voilà que c'est d'occire !
Oronte, I» ?j tanie.
Évitant le Baron Que craindrai-je ? Candie est un poste honorable.
J'irai contre le Turc
PHiLiPlN,à la tante.
J'irai contre le Diable?
Le Turc , Madame 1
La Tante.
Non , si le Ciel ne veut pas Qu'un doux et chaste nœud me mette entre vos bras, l^u moins , pour m'cmpcchcr de vivre infortunée , Attachez-vous à moi par un autre hymcnc'c.
Ma nièce
Lisette.
Elle est pour lui toujours à dédaigner ; C'est pis qu'un htrctique , on n'y peut rien gagner. Hors vous rien ne lui plaît.
La T a n t 3.
Mais on la trouve aimable»
COMEDIE. ii;.
Madame , si l'on veut , elle est incomparable ; Mais je mouriois d'ennui si j'étois son époux. Chacun voit pat ses yeux,
P H I L I P I N , ha! , à Lisette.
Comme il le baille doux 1 L'entcnd-il ?
La Tante, à Crante,
Cependant , quoi que nous puissions faiic, le Baron sans cela réfuse votre affaire , Point d'accommodement.
Et par quel intérêt ?
La Tante.
11 croit que votre hymen est tout ce qui me plaît. Que je me garde à vous , et , pour son assurance , II vous veut voir tous deux mariés par avance.
Et ne vous peut-il pas épouser des demain î
La Tante.
Kon, une grande affaire en suspand le dessein; 11 faut qu'auparavant il retourne en Bretagne.
te moi , je me dispose à faire une campagne. Ce que je souffiirois pat l'hymen chaqu; jour Kcnd la guerre pour moi préférable à l'amour ; J'y vais prendre parti.
110 LE BARON DALBIKRAC,
1' 11 I L 1 P I N , à 1,1 tante.
C'est afin qu'on nous tue:
Il a la rajî au cceur de vous avoii perdue. Madame , ayez pitid du maître et du valet I