‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 60 sur 102 · SCENE PREMIEP. E · texte numérisé non relu

SCENE PREMIEP. E

SGAKARELLE, GUSMAN.

SCANARELLE, prenant du laiac , et en offrant à Giuman.

V^uoi qu'en Jise Aristote et sa docte cabale, Le tabac est divin, il n'est rien q'.ii l'égale , Et par les faincans , pour fuir l'oisiveté , Jamais amusement ne fut mieux inventé.

Ke sauroit-on que dire ? on prend la tabatière, Soudain à gauche, à droit , par devant , par derrière , Gens de toutes façons , connus et non connus , Pour y demander part , sont les très-bien venus. Mais c'est peu qu'à donner instruisant la jeunesse Le tabac l'accoutume à faire ainsi largesse , C'est dans la médecine un remède nouveau :

. Aij

Il purge , rciouit , conforte le cerveau , De toute noire humeur promptcment le délivre ; Et qui rit sans tabac n'est pas rlig-ie de vivre, O tabac! ô tabac ! mes plus cheves amours!. . .. Mais reprenons un peu notre premier discours.

Si bien, mon cher Gusman , qu'Elvire, ta maîtresse. Pour D. Juan , mon maître , a pris tant de tendresse. Qu'apprenant son départ, l'excès de son ennui L'a fait mettre en campagne et courir après lui ? Le so'n de 'le chercher est obligeant , sans doute ; C'est aimer fortement ; mais tout voyage coûte , lit j'ai peur , s'il te faut expliquer mon souci , Qu'on l'indemnise mal des frais de celui-ci.

Gusman.

Et la raison encot ? dis-moi , je te conjure , r*'où te vient une peur de si mauvais augure ? Ton maîne li-dessus t'a-t-il ouvert son cœur ? T'a-t-il fait remarquer pour nous quelque froideur ? Qui d'un départ si prompt....

SGANARELI.E.

Je n'en sais point les causes.

Mais , Cusman , à peu-près , je vois le train des choses» Et sans que 1) Juan m'ait rien dit de cela , Tout franc , je gagerois que l'affaire va là. Je pourrois me tromper; mais j'ai peine à le croire.

Gusman.

Quoi ? ton maître feroit cette tache à sa gloire i 11 trahiroit Elvire, et d'un crime si bas...

SGANARELLE, ironiquemcM.

11 est trop jeune encore , il n'oseroit 1

COMÉDIE. j

Hclas!

Ni d'un si lâche tour l'infamie éternelle , Ni lie sa qualité...

Sganarelle.

La raison en est belle Sa qualité I c'est-l.\ ce qui l'arrêteroit»

Tant de voeux...

Sganarîlle.

Rien pour lui n'est trop chaud , ni trep froid ■. Vaux , sermens ; sans scrupule, il met tout en usage.

Mais nesonge-t-il pas à l'hymen qui l'engage J Croit-il le pouvoir rompre ?

Sganake lle.

Eh ; mon pauvre Gusman , Tu ne sais pas encor quel homme est D. Juan.

S'il est ce que tu dis, le moyen deconnoître,

De tous les scélérats , le plus grand , le plus traître ?

Le moyen de penser qu'après tant de sermens ,

Tant de transports d'amour , d'ardeur , d'empressc-

mens , De protestations des plus passsionnées , De larmes, de soupirs, d'assurances données, I! ait réduit Elvire à sortir du couvent , A venir l'épouser , et tout cela , du vent ?

Sganarelle.

Il s'ciBbarrasse peu de pareilles affaires :

A iij

t, LE PESTIN DE PIERP.E.

Ce sont des touis d'esprit qni lui sont ordinaires ;

It , si tu connoissois le pcUrin , crois-moi ,

Tu ferois peu de fonds sur le don de sa foi.

Ce n'est pas que je sache , avec pleine assurance ,

Çue déjà pour Elvire il soit ce que je pense.

Poui un dessein secret en ces lieux appelé j

Depuis son arrivée il ne m'a point parle.

Mais , par précaution , je puis ici te dire

Qu'il n'est devoirs si saints dont il ne s'ose rire ;

Que c'est un endurci dans la fange plonge ,

ITn chien, un hérétique, un Turc , un enragé ;

Qu'il n'a ni foi, ni loi; que tout ce qui le tente...

Quoi; le Ciel , ni l'enfer n'ont rien qui l'épouvante 5

Sganarellï.

Bon ! parlez-lui du Ciel, il répond d'un souris: Tarlez-Iui de l'enfer , il met le diable au pis ; It , parce qu'il est jeune , il croit qu'il est en âge OÙ la vertu sied moins que le Iibertina?;e. Remontrance, reproche, autant de tems perdu. 11 cherche avec ardeur ce qu'il voit défendu -, ît, ne refusant rien à Madame Nature , H est ce qu'on appelle im pourceau d'Épicure. Ainsi , ne me dis point sur sa légèreté Qu'Elvirepar l'hymen, se trouve en sûreté : C'est peu par bon contrat qu'il en ait fait sa femme , Pour en venir à bout , et contenter sa flamme, Avec elic , au besoin , p.ir ce même contrat , 11 auroit épouse toi, son chien et son chat. C'est un piège qu'il tïnd par-tou: à chaque bcUc ;

fPavsanne , bouigeoise «Dame et Demoiselle ,

Tout le charme ; et , d'abord , pour leur donner leçon ,

■X'n mariape fait lui semble une chanson.

Toujours objets nouveaux, toujours nouvelles flammes,

(Et si je te disois combien il a de femmes ,

'Tu serois convaincu que ce n'est pas en vain

Qu'on le croit l'épouseurdc tout le genre humain.

Quel abominable homme ;

Et plus qu'abominable.

II se mocque de tout , ne craint ni Dieu , ni diable > ît je ne doute point, comme il est sans retour , Qu'il ne soit parla foudre c'crasé quelque jour. 11 le mérite bien; et, s'il te faut tout dire , Depuis qu'en le servant je souffre le martyre , 3'en ai vu tant d'horreurs , que j'avoue aujourd'hui : vaudroit mieux cent fois être au diable qu'à lui.

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