P H I HP IN
Pour de si vieux appas , Dis-moi, quelle douceur pourroit doubler le pas ? A soixante et dix ans ! l'agrc'able mignonne !
Ll s B T T E.
Dis soixante.
Eh Ibicn , soit... ta différence est bonne ! Comment diable à cet ige ose-t-on vivie encor ?
Sais-tu pas qu'une femme en tout tems prend l'essor?
Je le sais ; mais du moins on n'a point la figure D'une ostrogote faite en ddpit de nature , £t l'on doit s'habiller, sans tant de sots atours, A l'usage des gens que l'on voit tous les jours. De son deuil mitigé la mode est fort nouvelle.
Li s ET TJE.
lUî croit du commun se distinguer par elle , En être plus galante , et plus propre à charmer.
Elle a le diable au corps.... Croire se faire aimer ! Ne voir pas, quand quelqu'un près d'elle s'humanise I...
Lisette.
Qu'on lui dise un mot tendre , elle est soudain éprise , Croit tout , prend feu sur tout , et c'est là son destin. Aussi sans le doux style on n'est point son cousin.
g LE BARON D'ALBIKRAC,
On n'a chez elle accès qu'en lui contant fleurettes. Qu'en feignant un amour....
Vn amour à lunettes.
Si bien que lans douceurs et le tendre soupir, Ce dragon surveillant ne se peut assoupir ?
C'en est la seule voie.
PHItIPIN.
Ah ! beauté bisayeule !
Si j'osois, pour douceur, te bien paumer la gueule. Que je prendiois plaisir..,.
Lisette.
Tu te mets en couroux J P H t L I p 1 N.
Mais quand avec la nièce avoir ce rendez-vous f
Où l'en presser .'
Lisette.
L('andrc est ami de ton maître:
On l'aime ici déjà plus qu'on ne fait paroître. Qu'il amuse la tante, et l'endorme si bien Qu'Oronte avec la nièce ait un libre entretien.
Oui ; mais tu ne dis pas que ce Léandre enrage
D'avoir déjà dix fois joué ce personnage ?
Il est soûl de la tante , et n'en veut plus tâter.
Voyez que c'est bien lî dcquoi se rebuter, la pauvre niccc et moi nous en sowfFtons bien d'autres;
COMEDIE. jj
£t peut-être il n'est point d'ennuis pareils aux nôtres. Ha foi , c'est charité que de nous secourir.
Maisa^ant qu'attraper il faut long-tems courir , It de l'air dont elle est par la tante gardée....
L I s ET T î.
Le désir d'un mari l'a si fort poiscdée Que comme elle en veut un , quoi qu'il ouïsse coûter , la nièce n'est jamais en pouvoir d'écouter. Depuis neuf ou dix mois que dure le veuvage La vieille requinquée a l'amoureuse rage, Dans le prcm cr ver.u croit voir un protestant. S'en fait conrer par force et s'ofFie au même instant: Ainsi point de quartier tant qu'elle ait eu son compte. Mais dis- moi , cet époux que promettoit Oronte , Ce Baron d'Albikrac esc long-tems à venir?
Quelque obstacle maudit l'aura pu retenir. Kous le saurons bientôt ; un certain la Montagne , Chez nous , quand j en sortois , arrivoit de Bretagne, 11 en rapporteia ce que tu veux savoir.
Lisette.
A vanter ce Baron j'ai bien fait mon devoir. Sur ce que j'en ai dit notre tante charmée Pat lettres aussi-tôt de lui s'est mfotmée.
Tant pis , qu'a-t-elle su ? car enfin il n'a rien,
Lisette.
Qu'il étoit de naissance avec fort peu de bien; Mais enjoué , folâtre , et toujours prêt à rire.
lo LE BARON D'ALBIKRAC,
Plus encor mille fois qu'on ne le sauroit dire.
Mais d'où diable as-tu feint que tu savois son nom ?
J'ai dit que j'avois vu ce Monsieur le Baron, Qui plein d'amour pour elle , et pressé d'un voyage. Devoir à son retour parler de mariage , Qu'il n'avoi' point voulu la voir pour un moment. On cioic ce qu'on souhaite a^sez. facilement.
P H I L I p I N , n part.
Ah ! Baron , qu'à présent tu sero's nécessaire !
Qu'il veuille d'elle ou non, ce n'est poin-- notre affaire. Pourvu qu'en tcms et lieu l'entretenant d'amour A celui de ton v.aî'rc il donne quelque jour.
Mais , à propos d'amour , m'aimes-tu ?
Le beau doute!
Tum'en as assuré bien df s 'bis; ma": écoute, Il me le faut jurer plus authcntiquement.
Lisette.
Philipin se défie ?
A parler franchement. Je te trouve égrillarde autant qu'on le peut être , Et notre la Montagne e^t un dangereux traître , Qui, toujours goguenard, pcend, en gogucnardant,
Ce qu'on dit qu'on n'ob:ient jamais en demandant. Comme nouveau venu tu voudras qu'il t'en conte î
ra.lin !...
J'ai de l'honneur ■ et l'autre a bu sa honte. Plus effronté qu'un page, en vain on le retient.
Lisette.
Tais-toi , ne vois-tu paj que notre tante vient ?