‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 76 sur 102 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

D. JUAN, SGANARELLE, hsiiHe en M^di-'::,

XÛl VOUEZ qu'au besoin j'ai l'imaginativc

Aussi prompte d'aller que personne qui vive.

Votre premier dessein n'étoit point à propos.

Sous ce déguisement j'ai l'esprit en repos.

Après tout , ces habits nous cachent l'un et l'autre

Beaucoup mieux qu'on n'eût pu nous cacher sous iô

vôtre , J'en regardois le risque avec quelque souci ; Tout franc I il me choquoit.

D. Juan.

Te voilà bien ainsi.

Où diable as-tu donc pris ce grotesque équipage î

SGANARELLE

Il vient d'un Médecin qui l'avoit mis en gage. «Quoique vieux, j'ai donné de l'argent pour l'avoir. >Ia;s , Monsieur , savez-vous quel en est le pouvoir 5 ïl me fait saluer des gens que je rencontre ,

Eiii

r4 LE FESTIN DE PIERRE,

Et passer pour Docteur par-tout où je me montre;

Ainsi qu'un liaVule homme on me vient consulter.

D. Juan.

Comment donc 1

SOANARELLE.

Mon savoir va bientôt éclater. Déjà six pavsans, autant de pavsannes , Accourûmes sans doute à parler à des ânes , M'ont sur dilf^rens maux demandé mon avis.

D Juan.

Et qu'as tu rcpordu ?

Sganarille.

Moi ?

D. Juan.

Tu t'es trouvé pris ?

Sganarelle.

Pas trop. Sans m'éronner , ic l'habit que je porte J'ai soutenu l'honneur , et raisonné de sorte Que sur mon ordonnance aucun d'eux n'a douté Qu'il n'eût cnae les mains un trésor de santé.

Et comment as-tu pu bâtir tes ordonnances ?

SCANATtHLEE.

Ma foi ! j'ai ramassé beaucoup d'impertinences ,

Mêlé casse, opium, rhubarbe, €t cetera.

Tout p.ir drachme ; et le mal aille comme il pourra ,

Que m'importe !

D. Juan.

Fort bien ; «.. e que tu viens dédire Me réjouit.

SGANARELLÏ.

lit si , pour vous faire mieux rire ,

COMEDIE. îî

Par hasard , car enfin quelquefois , que sait on ? Mes malades vcnoient à guciir ?

Pourquoi non ?

î-cs autres Médecins , que les sages mcprisenc , Pupcnt-ils nioin-, que toi dans tourcc qu'ils nousdisent? F.t, pourquclqucs grands mots que nous n'entendons pas. Ont-ils aux guérisons plus de part que tu n'as ? Ciois-moi , tu peux comme eux , quoi qu'on s'en persuade , Profiter , s'il avicnt , du bonheur du malade , Et voir attribuer au seul pouvoir de l'arc Ce qu'avec la nature aura fait le hasard.

SganaKelle.

Oh ! jusqu'où vous pousiCT. votre humeur libertine ] Je ne vous croyois pas impie en Médecine ?

D. Juan.

Il n'est point parmi nous d'erreur plus grande.

Sganarelle.

Quoi !

Pour un arc tout divin vous n'avez, point de fci ?

La casse, le sénd , ni le vin émétique. . .

D. Juan.

La peste soit le fou !

SCANARELLE.

Vous êtes hérétique , Monsieur. Sons-ez-vous bien quel biuit, depuis untcms> Fait le vin c'métique i

T>. Juan.

Oui , pour certaines gens.

Ses miracles par-tout ont vaincu les scrupules:

Leur force a converti jusqu'aux plus incrédules;

Et, sans aller plus loin, moi qui vous parle > moi.

J'en ai vu des cfFets si surprenans.,.

D. Juan.

En quoi ?

Sganarelle.

Tout peut être nié, si sa vertu se nie.

Depuis six jours un homme étoit à l'agonie,

les plus experts Docteurs n'y connoissoicnt plus rien.

Il avoir mis^ à bout la Médecine.

th ! bien ?

5 GANARELLE.

Kecours à l'émétique. Il en prend, pour leur plaire: Soudain . . .

D. Juan.

Le grand miracle ] il réchappe ?

Sganarelle.

Au contraire , Il en meurt.

Merveilleux moyen de le guérir !

6 G ANARILLE.

CommentI depuis six jours il ne pouvoir mourir; Kt , dès qu'il en a pris , le voilà qui trépasse. Vit-on jamais remède avoir plus d'efficace i

D. JUAN

Tu raisonnes foit juste 1

SCANARïLLE.

Il est vrai , cet habit

Sur le raisonnement m'inspire de l'esprit ;

Et si sur certains points, où je voudrois vous mettre,

La dispute. . .

D. Juan.

Une fois je veux te le permettre.

Sganarelli.

Errez en Miidccine autant qu'il vous plaira : ta seule faculté s'en scanda'isera ; Mais sur le reste, là, que le coeur se déploie. Que croyez-vous .'

P. Juan.

Je crois ce qu'il faut que je croit.

Sganarelle.

Bon ! parlons douc<anent , et sans nous échauffer,

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